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Système fiscal saoudien : TVA, zakat et droits d'accise

Guide du cadre fiscal saoudien : TVA à 15 %, zakat, impôt sur les sociétés, droits d'accise, retenue à la source et administration par la ZATCA.

Donovan Vanderbilt · · 10 min de lecture
Système fiscal saoudien : TVA, zakat et droits d'accise — Regulation — Saudi Vision 2030

L’évolution du paysage fiscal saoudien

La transformation budgétaire de l’Arabie saoudite dans le cadre de Vision 2030 représente l’un des changements les plus importants de l’histoire économique moderne du Royaume. Pendant des décennies, l’État saoudien a tiré l’écrasante majorité de ses recettes des exportations d’hydrocarbures, et l’environnement fiscal domestique était en conséquence limité. L’introduction de la taxe sur la valeur ajoutée, des droits d’accise et d’une approche modernisée des obligations existantes, comme la zakat et l’impôt sur les sociétés, a profondément modifié la relation fiscale entre l’État, les entreprises et les résidents.

L’absence d’impôt sur le revenu des personnes physiques demeure une caractéristique structurante de l’environnement fiscal saoudien et un élément central de sa proposition compétitive pour attirer talents et investissements. Mais le paysage fiscal plus large s’est considérablement complexifié, et les obligations de conformité exigent désormais une approche structurée qui n’était pas nécessaire il y a dix ans.

Taxe sur la valeur ajoutée

Introduction à 5 pour cent en 2018

L’Arabie saoudite a introduit la TVA le 1er janvier 2018 au taux de 5 pour cent, simultanément avec les Émirats arabes unis, dans le cadre de l’accord du CCG sur la TVA. L’introduction d’une taxe générale sur la consommation était sans précédent dans le Royaume et a nécessité une préparation institutionnelle et opérationnelle massive.

La mise en oeuvre initiale à 5 pour cent visait à permettre aux entreprises et à l’appareil administratif de s’adapter au nouveau système. Les seuils d’immatriculation ont été fixés à 375 000 SAR de fournitures imposables annuelles pour l’enregistrement obligatoire, avec un enregistrement volontaire possible pour les entreprises dépassant 187 500 SAR.

Hausse à 15 pour cent en 2020

En juillet 2020, le taux de TVA a été triplé, de 5 à 15 pour cent. Cette hausse a été appliquée dans un contexte de pressions budgétaires liées aux effets combinés de la baisse des prix du pétrole et de l’impact économique de la pandémie mondiale. La rapidité de l’augmentation, annoncée en mai 2020 pour une entrée en vigueur en juillet, a laissé aux entreprises peu de temps pour se préparer et a suscité une forte attention de la communauté d’affaires internationale.

Le taux de 15 pour cent place la TVA saoudienne au-dessus de celle de la plupart des voisins du CCG, même s’il reste modéré au regard des standards mondiaux. Il s’applique à la plupart des biens et services fournis dans le Royaume, certaines catégories étant soumises à un taux zéro ou à une exonération.

Exonérations de TVA et fournitures à taux zéro

Le cadre de TVA distingue les fournitures exonérées, entièrement hors du système de TVA, et les fournitures à taux zéro, techniquement imposables mais au taux de zéro pour cent, ce qui permet aux fournisseurs de récupérer la TVA en amont.

Fournitures à taux zéro. Elles incluent les exportations de biens et services hors du CCG, les services de transport international, les fournitures de certains médicaments et équipements médicaux listés par le ministère de la Santé, ainsi que les fournitures de métaux précieux de qualité investissement.

Fournitures exonérées. Elles incluent certains services financiers, les locations résidentielles et le transport local de passagers. L’exonération immobilière constitue un élément important de planification, en particulier compte tenu de l’ampleur de l’activité de développement dans le Royaume.

Administration de la TVA

La Zakat, Tax and Customs Authority (ZATCA) administre la TVA via un système électronique qui impose le dépôt périodique des déclarations, généralement mensuel ou trimestriel selon le chiffre d’affaires annuel du contribuable. Le système a été progressivement numérisé, la ZATCA mettant en oeuvre des exigences de facturation électronique par phases à partir de 2021.

La phase 1 de la facturation électronique, entrée en vigueur en décembre 2021, a exigé de tous les contribuables immatriculés à la TVA qu’ils génèrent et conservent leurs factures électroniquement. La phase 2, déployée par vagues à partir de 2023, impose l’intégration des systèmes de facturation avec la plateforme de la ZATCA pour un reporting en temps réel ou quasi réel, l’une des mises en oeuvre de facturation électronique les plus avancées au monde.

Zakat

La zakat est l’impôt islamique sur la richesse, l’un des cinq piliers de l’islam, et fait partie du système fiscal saoudien depuis la fondation du Royaume. Dans le cadre actuel, elle s’applique aux entités détenues par des Saoudiens ou des ressortissants du CCG opérant en Arabie saoudite.

Base de calcul

La zakat est prélevée au taux fixe de 2,5 pour cent sur la base de zakat, définie largement comme les capitaux propres nets de l’entité ajustés de certains éléments. La méthodologie de calcul a été affinée au fil des années et est désormais régie par des règlements détaillés émis par la ZATCA.

La base de zakat commence généralement par les capitaux propres de l’entité - capital social, résultats non distribués, réserves et provisions - auxquels s’ajoutent les passifs de long terme, avant déduction des immobilisations nettes, investissements et autres déductions spécifiques. Le résultat représente approximativement le capital déployé dans l’activité au cours de l’année ; 2,5 pour cent de ce montant constitue la zakat due.

Déclaration et paiement

Les déclarations de zakat doivent être déposées dans les 120 jours suivant la clôture de l’exercice de l’entité. La ZATCA a mis en place des systèmes de dépôt électronique, et les déclarations doivent être accompagnées d’états financiers audités pour les entités dépassant certains seuils de chiffre d’affaires.

Pour les entités à actionnariat mixte saoudien/CCG et étranger, les obligations fiscales sont réparties : la part détenue par des Saoudiens ou ressortissants du CCG est soumise à la zakat, tandis que la part étrangère est soumise à l’impôt sur les sociétés. Ce double système ajoute de la complexité au processus de conformité des entités à actionnariat mixte.

Impôt sur les sociétés

L’impôt sur les sociétés en Arabie saoudite s’applique à la part du revenu attribuable aux actionnaires étrangers dans les entités résidentes, aux entités non résidentes opérant par établissement stable, et aux revenus de source saoudienne reçus par des non-résidents.

Taux et assiette

Le taux est fixé à 20 pour cent du revenu imposable. Celui-ci est calculé sur la base des états financiers audités, avec ajustements pour les charges non déductibles et les revenus exonérés tels que prévus par les règlements fiscaux.

Les entités engagées dans des activités d’investissement dans le gaz naturel sont soumises au taux de 20 pour cent. Les entités engagées dans la production de pétrole et d’hydrocarbures sont soumises à un taux nettement plus élevé pouvant atteindre 85 pour cent, reflétant la structure historique de la relation fiscale entre le Royaume et le secteur pétrolier.

Charges déductibles

La loi fiscale autorise la déduction des charges engagées entièrement et exclusivement aux fins de générer un revenu imposable. Des règles spécifiques encadrent la déductibilité de l’amortissement, des provisions, des charges d’intérêts et des refacturations entre parties liées. Les allocations de frais de siège sont déductibles sous certaines limites.

Pertes fiscales

Les pertes fiscales peuvent être reportées indéfiniment et imputées sur les revenus imposables futurs, sous réserve que l’activité déficitaire se poursuive. Il n’existe pas de mécanisme de report en arrière sur les exercices antérieurs.

Retenue à la source

L’Arabie saoudite impose une retenue à la source sur certains paiements effectués par des entités résidentes saoudiennes à des non-résidents. Les taux standards sont les suivants :

Frais de gestion : 20 pour cent. Redevances : 15 pour cent. Loyers et paiements de location : 5 pour cent. Services techniques et de conseil : 5 pour cent. Dividendes, intérêts et primes d’assurance : 5 pour cent. Services de télécommunications internationales : 5 pour cent.

Ces taux peuvent être réduits par les conventions de non-double imposition applicables. L’Arabie saoudite dispose d’un réseau croissant de conventions fiscales avec ses principaux partenaires commerciaux, et ce réseau continue de s’étendre dans le cadre de la stratégie du Royaume visant à faciliter l’investissement transfrontalier.

La retenue à la source incombe au payeur résident saoudien, qui doit déduire le montant approprié et le reverser à la ZATCA dans les dix premiers jours du mois suivant le paiement.

Droits d’accise

L’Arabie saoudite a introduit des droits d’accise en juin 2017, avant la TVA, ciblant certaines catégories de produits considérées comme nocives pour la santé ou l’environnement. Les taux actuels sont les suivants :

Tabac et produits du tabac : 100 pour cent du prix de vente au détail. Boissons énergétiques : 100 pour cent du prix de vente au détail. Boissons gazeuses : 50 pour cent du prix de vente au détail. Boissons sucrées : 50 pour cent du prix de vente au détail. Dispositifs et liquides de vapotage : 100 pour cent du prix de vente au détail.

Le droit d’accise est prélevé au point de production ou d’importation et s’ajoute à toute TVA applicable. L’effet combiné des droits d’accise et de la TVA peut entraîner des hausses de prix importantes pour les produits concernés.

Prix de transfert

L’Arabie saoudite a adopté des règles de prix de transfert largement alignées sur les lignes directrices de l’OCDE. Ces règles exigent que les transactions entre parties liées soient réalisées à des prix de pleine concurrence et imposent des obligations documentaires aux contribuables.

Exigences documentaires

Les contribuables dépassant certains seuils doivent maintenir une documentation de prix de transfert comprenant un master file, un local file et, pour les groupes multinationaux dont le chiffre d’affaires consolidé dépasse 750 millions d’euros, une déclaration pays par pays. Ces exigences suivent l’approche à trois niveaux recommandée par le cadre BEPS de l’OCDE contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices.

Conformité et pénalités

Les ajustements de prix de transfert peuvent entraîner des cotisations fiscales supplémentaires, et des pénalités s’appliquent en cas de non-respect des obligations de documentation et de déclaration. La ZATCA renforce ses capacités d’audit et d’application en matière de prix de transfert, et les transactions entre parties liées font l’objet d’une attention réglementaire croissante.

Taxe sur les transactions immobilières

Après la hausse de la TVA à 15 pour cent, les transactions immobilières ont été exonérées de TVA et soumises à la place à une Real Estate Transaction Tax (RETT) au taux de 5 pour cent. Ce changement visait à réduire la charge fiscale sur les transactions immobilières, qui auraient sinon été soumises au taux intégral de TVA de 15 pour cent, et à soutenir l’objectif gouvernemental d’augmentation du taux de propriété résidentielle des citoyens saoudiens.

Certains achats de première résidence par des citoyens saoudiens sont exonérés de RETT jusqu’à un seuil de valeur, l’État prenant la taxe à sa charge pour le compte de l’acheteur.

Absence d’impôt sur le revenu des personnes physiques

L’Arabie saoudite n’impose pas d’impôt sur le revenu des personnes physiques, qu’il s’agisse de ressortissants saoudiens ou de résidents expatriés. Cela reste l’un des avantages fiscaux les plus significatifs du Royaume pour attirer les talents. Les revenus d’emploi, revenus d’investissement et plus-values ne sont pas imposés au niveau individuel pour les résidents.

Cette absence d’imposition s’applique à toutes les formes de revenus personnels, y compris salaires, primes, rendements d’investissement et revenus locatifs reçus par des particuliers en leur nom propre. L’absence d’impôt sur le revenu, combinée au coût de la vie relativement bas du Royaume hors des grands développements urbains, crée une proposition de revenu net attractive pour les travailleurs expatriés et les entrepreneurs.

Le rôle de la ZATCA

La Zakat, Tax and Customs Authority, formée par la fusion en 2021 de la General Authority of Zakat and Tax (GAZT) et de la General Customs Authority, agit comme administration unifiée pour toutes les obligations fiscales domestiques et les droits de douane. La ZATCA a fortement investi dans l’infrastructure numérique, la capacité d’audit et l’éducation des contribuables.

La posture d’application de l’autorité est devenue progressivement plus sophistiquée, avec un recours accru à l’analyse de données, au croisement entre déclarations de TVA et déclarations douanières, et à des programmes d’audit ciblés sur les zones perçues comme présentant un risque de conformité, notamment les prix de transfert, la TVA immobilière et les obligations de retenue à la source.

Pour les entreprises opérant en Arabie saoudite, la charge de conformité associée au cadre fiscal élargi est matériellement plus élevée qu’avant 2018. Tenir des registres exacts, déposer les déclarations dans les délais et gérer l’interaction entre zakat, impôt sur les sociétés, TVA, retenue à la source et règles de prix de transfert exige désormais des ressources dédiées à la conformité fiscale, internes ou mobilisées auprès de conseils externes.