Ce guide sectoriel 2025 explique l’industrie manufacturière saoudienne à travers la National Industrial Strategy, les mandats de localisation de Vision 2030 et les villes industrielles ainsi que les incitations qui structurent les nouvelles usines. Le Royaume vise à faire passer la contribution de l’industrie manufacturière au PIB d’environ 12 % à 20 % d’ici 2030, afin de positionner l’industrie comme moteur principal de la diversification économique au-delà des hydrocarbures. Avec plus de 10 000 installations industrielles, une main-d’œuvre manufacturière dépassant 1 million de travailleurs et une production industrielle annuelle supérieure à 400 milliards de SAR, l’Arabie saoudite exploite la plus grande base manufacturière du Golfe.
National Industrial Strategy
La National Industrial Strategy (NIS), lancée en 2022, fournit le cadre stratégique de la transformation industrielle saoudienne. La stratégie identifie 12 sous-secteurs prioritaires dans lesquels le Royaume dispose d’avantages compétitifs et cible la création de 36 000 nouvelles usines, l’attraction de 450 milliards de SAR d’investissements industriels et la génération de centaines de milliers d’emplois manufacturiers d’ici 2035.
Les sous-secteurs prioritaires comprennent l’automobile et la mobilité, l’aérospatial et la défense, les produits pharmaceutiques et la biotechnologie, la transformation agroalimentaire, les matériaux de construction, les produits chimiques et matériaux spécialisés, les machines et équipements, l’électronique, les équipements d’énergie renouvelable et les matériaux avancés. Chaque sous-secteur dispose d’une feuille de route de développement avec des objectifs précis en capacité de production, taux de localisation, volumes d’exportation et emploi.
La NIS combine des politiques de demande, comme les préférences d’achat public, les mandats de localisation et les exigences IKTVA, avec des incitations d’offre : terrains industriels subventionnés, tarification énergétique, subventions à la formation et programmes de soutien financier. La stratégie relie explicitement le développement industriel à d’autres objectifs de Vision 2030, notamment la saoudisation, le transfert de technologie et la diversification des exportations.
Sous-secteurs clés
La pétrochimie et la chimie restent le plus grand sous-secteur manufacturier, adossé à SABIC, quatrième groupe pétrochimique mondial, et à l’avantage saoudien sur les matières premières. L’industrie pétrochimique génère environ 40 à 50 milliards de dollars de revenus annuels et fournit les intrants et matériaux de base de l’industrie aval.
L’agroalimentaire s’est développé pour servir à la fois le marché domestique et les opportunités d’exportation. Le secteur comprend la transformation laitière, la boulangerie et la confiserie, la transformation de la viande, la production de boissons et les aliments emballés. Les fabricants saoudiens bénéficient de leur proximité avec les marchés en croissance du Moyen-Orient et de l’Afrique, ainsi que de l’agenda public d’investissement dans la sécurité alimentaire.
Les matériaux de construction ont été fortement stimulés par la demande de projets Vision 2030. La production de ciment dépasse les besoins domestiques, et l’Arabie saoudite figure parmi les plus grands producteurs mondiaux de ciment. Acier, aluminium, verre, céramique et composants de construction préfabriqués sont produits en volumes croissants pour servir un pipeline de projets estimé à 1 000 milliards de dollars.
Villes et zones industrielles
L’infrastructure industrielle saoudienne est organisée autour de villes et zones industrielles dédiées. La Royal Commission for Jubail and Yanbu gère deux des plus grands complexes industriels planifiés au monde, accueillant pétrochimie, raffinage, métaux et activités manufacturières. Jubail Industrial City à elle seule héberge plus de 200 industries primaires et secondaires, avec un investissement combiné supérieur à 100 milliards de dollars.
La Saudi Authority for Industrial Cities and Technology Zones (MODON) gère 36 villes industrielles dans le Royaume, fournissant terrains industriels viabilisés, infrastructure et services d’appui à plus de 5 000 usines. Les villes industrielles MODON offrent des loyers compétitifs, des services publics fiables et une connectivité logistique intégrée.
D’autres zones industrielles incluent King Salman Energy Park (SPARK), ciblant la fabrication liée au secteur énergétique, ainsi que des zones spécialisées dans les cités économiques, notamment KAEC et Jazan. Les zones économiques spéciales offrent des incitations fiscales renforcées pour les opérations manufacturières éligibles.
Fabrication de défense et aérospatial
L’Arabie saoudite a fait de l’industrie de défense une priorité stratégique sous l’ombrelle de Saudi Arabian Military Industries (SAMI). Le Royaume vise 50 % de localisation des dépenses militaires d’ici 2030, ce qui stimule les investissements dans les véhicules militaires, les munitions, les systèmes de guerre électronique et les composants aérospatiaux. Des coentreprises avec des contractants internationaux de défense, dont Lockheed Martin, BAE Systems et Raytheon, ont établi des opérations manufacturières en Arabie saoudite.
La General Authority for Military Industries (GAMI) régule la base industrielle de défense et délivre les licences de fabrication de produits militaires. Le secteur fournit des emplois manufacturiers à forte valeur et des opportunités de transfert technologique dont les retombées s’étendent à l’industrie civile.
Industrie automobile
L’Arabie saoudite cherche à établir un secteur automobile manufacturier, avec l’usine Lucid Motors à King Abdullah Economic City comme entrée la plus significative. Ceer, la marque saoudienne de véhicules électriques créée en coentreprise entre le PIF et Foxconn, développe des capacités de fabrication pour véhicules particuliers. La stratégie de développement automobile couvre l’assemblage de véhicules, la fabrication de composants et la production de batteries pour véhicules électriques.
Main-d’œuvre et compétences
L’emploi manufacturier est un champ prioritaire de saoudisation, avec une participation accrue de la main-d’œuvre saoudienne visée dans les rôles de production, techniques et de gestion. La Technical and Vocational Training Corporation opère des programmes alignés sur les besoins de compétences manufacturières, et des partenariats de formation sectoriels avec des entreprises internationales apportent des capacités spécialisées.
Incitations à l’investissement
Le Saudi Industrial Development Fund (SIDF) fournit des financements concessionnels pour les projets manufacturiers, avec des programmes de prêts couvrant jusqu’à 75 % des coûts de projet. Les autres incitations incluent les tarifs subventionnés pour l’énergie et les matières premières dans les industries éligibles, les subventions à la formation via HRDF, les exemptions de droits de douane sur les équipements de production et l’accès préférentiel aux marchés publics pour les produits fabriqués localement.
Développement des exportations
L’Arabie saoudite développe ses capacités d’exportation manufacturière pour compléter la demande domestique. La Saudi Export Development Authority et Saudi EXIM Bank fournissent crédit export, assurance et soutien au développement de marchés pour les fabricants saoudiens visant l’international. Les accords de libre-échange du Royaume, sa position géographique et son infrastructure logistique créent une plateforme compétitive pour exporter des produits manufacturés vers le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie centrale.
Perspectives
Le secteur manufacturier saoudien aborde 2025 avec un fort soutien public, des investissements d’infrastructure significatifs et une demande substantielle issue des projets Vision 2030 et des mandats de localisation. Sa trajectoire de croissance dépendra du rythme de développement des installations industrielles, de l’efficacité des programmes de formation de la main-d’œuvre et de la compétitivité des coûts manufacturiers saoudiens face aux alternatives régionales et mondiales. La National Industrial Strategy fournit une feuille de route complète, et l’alignement des incitations fiscales, des politiques de demande et de l’investissement d’infrastructure crée les conditions d’une expansion industrielle durable.
