Le secteur saoudien du divertissement a connu l’une des transformations industrielles les plus spectaculaires de Vision 2030, passant d’une infrastructure publique quasi inexistante à un écosystème d’événements, lieux, cinémas, parcs à thème, esport et expériences culturelles. Son développement reflète une décision publique délibérée : capter les milliards de riyals que les ménages saoudiens dépensaient auparavant en voyages de divertissement à l’étranger, tout en améliorant la qualité de vie d’une population jeune et croissante.
General Entertainment Authority
La General Entertainment Authority (GEA), créée en 2016, est l’organisme de régulation et de promotion du secteur. Elle délivre les licences d’événements et de lieux, fixe les standards opérationnels et coordonne le calendrier de divertissement. Son mandat est passé d’un rôle initial de licence et de gestion événementielle à une fonction plus large de stratégie sectorielle et de développement d’infrastructure.
La GEA autorise concerts, théâtre, humour, événements sportifs, festivals culturels, divertissement familial et expériences thématiques. Le périmètre autorisé s’est progressivement élargi, avec des artistes internationaux, des événements mixtes et des formats auparavant restreints désormais présents dans le calendrier régulier.
Saudi Entertainment Ventures
Saudi Entertainment Ventures (SEVEN), filiale du PIF, est le développeur national d’infrastructures de divertissement. SEVEN développe un portefeuille de destinations à travers l’Arabie saoudite : parcs à thème, centres aquatiques, complexes multi-usages et centres de loisirs familiaux. Son programme d’investissement atteint des dizaines de milliards de riyals et vise des lieux dans plusieurs villes, afin d’étendre l’infrastructure de loisirs au-delà de Riyad et Djeddah.
Qiddiya, la ville de divertissement giga-projet en développement près de Riyad, doit ancrer le segment haut de gamme avec parcs à thème, installations de sport automobile, parcs aquatiques et lieux culturels. Le projet positionne l’Arabie saoudite face aux destinations établies des EAU, d’Europe et des États-Unis.
Industrie du cinéma
L’ouverture des cinémas après la levée en 2018 d’une interdiction de plusieurs décennies a été l’un des développements les plus visibles du secteur. AMC Theatres, via son partenariat avec Development and Investment Entertainment Company, VOX Cinemas et Muvi Cinemas ont conduit le déploiement des écrans dans le Royaume. Leur nombre est passé de zéro à plus de 900 dans un délai très court, faisant de l’Arabie saoudite l’un des marchés du cinéma à la croissance la plus rapide au monde.
Les revenus de box-office ont dépassé les attentes, reflet d’une demande latente d’une population jeune, à revenu disponible élevé et historiquement limitée en options de loisirs. L’industrie du cinéma a aussi stimulé la production saoudienne, avec la Saudi Film Commission soutenant les cinéastes locaux et le Royaume se positionnant comme destination de production internationale.
Esport et gaming
Le jeu vidéo et l’esport ont été élevés au rang de priorité stratégique via Savvy Games Group, filiale du PIF chargée de faire de l’Arabie saoudite un hub mondial du gaming. L’Esports World Cup Foundation, établie à Riyad, organise l’un des plus grands tournois d’esport au monde. L’investissement saoudien couvre accueil de tournois, création de studios de développement et prises de participation dans des sociétés internationales du jeu.
Le profil démographique saoudien, jeune, connecté et fortement équipé en smartphones et consoles, fournit une base naturelle de consommateurs. Le développement du secteur s’aligne à la fois sur l’agenda du divertissement et sur les ambitions technologiques de Vision 2030.
Divertissement saisonnier
Riyadh Season, Jeddah Season, AlUla Moments et d’autres festivals saisonniers sont devenus de grands événements culturels, attirant des millions de visiteurs et générant des milliards de riyals d’activité économique. Ils combinent artistes internationaux, zones thématiques, expériences culinaires, sport et programmation culturelle dans des saisons prolongées qui transforment les paysages urbains pendant des semaines ou des mois.
Le modèle saisonnier s’est révélé efficace pour stimuler le tourisme domestique, attirer des visiteurs internationaux et créer de l’emploi dans événementiel, hôtellerie, commerce et transport. Il a été repris dans plusieurs régions administratives, chacune développant une programmation locale.
Défis
Le secteur doit développer une infrastructure de divertissement à l’année en complément des saisons, former une main-d’œuvre saoudienne spécialisée, gérer la régulation des contenus dans un environnement social en évolution rapide et absorber l’intensité capitalistique des parcs à thème et lieux. La concurrence des destinations régionales des EAU exige un investissement continu dans la différenciation et la qualité.
