Le droit saoudien de la concurrence est le cadre antitrust et de régulation des marchés du royaume. Il couvre les accords anticoncurrentiels, l’abus de position dominante, le contrôle des concentrations, les sanctions et l’application par la General Authority for Competition (GAC). Alors que l’économie saoudienne se diversifie sous la Vision 2030, une application crédible de la concurrence contribue à protéger consommateurs, investisseurs et accès équitable au marché.
General Authority for Competition
La GAC a été créée sous la loi sur la concurrence, promulguée par décret royal M/25 de 2004 et substantiellement amendée en 2019, comme autorité réglementaire indépendante chargée de promouvoir et protéger la concurrence sur les marchés saoudiens. Elle peut enquêter sur les comportements anticoncurrentiels, examiner et approuver ou bloquer les fusions-acquisitions, imposer amendes et mesures correctrices, et publier règlements et lignes directrices interprétant la loi. Son indépendance vis-à-vis des ministères sectoriels vise une application impartiale aux entreprises publiques, sociétés privées et acteurs étrangers.
Accords anticoncurrentiels
La loi interdit les accords entre concurrents, dits horizontaux, et entre entreprises de différents niveaux de la chaîne d’approvisionnement, dits verticaux, lorsqu’ils ont pour objet ou effet de restreindre, empêcher ou fausser la concurrence. Les pratiques explicitement interdites incluent fixation des prix, partage de marché, collusion dans les appels d’offres, restriction de production et boycott collectif. Les restrictions verticales comme le maintien des prix de revente, les exclusivités ou les ventes liées peuvent aussi être contestées lorsqu’elles réduisent substantiellement la concurrence. Des exemptions sont possibles pour les accords améliorant production, distribution ou progrès technique tout en réservant aux consommateurs une part équitable du bénéfice.
Abus de position dominante
Les entités détenant une position dominante sur un marché pertinent ne peuvent pas abuser de cette dominance au détriment de la concurrence. La loi définit la dominance comme la capacité d’une entreprise à contrôler les prix ou exclure des concurrents sur un marché pertinent. Les pratiques abusives incluent prix prédateurs, refus de traiter, prix discriminatoires, ventes liées et groupées, et conditions commerciales excessives ou injustes. La GAC mène des études de marché et enquêtes sectorielles pour identifier les marchés où une dominance existe et évaluer si les entreprises dominantes adoptent des comportements d’exclusion ou d’exploitation.
Contrôle des concentrations
Les amendements de 2019 ont introduit un régime obligatoire de notification des concentrations imposant aux parties de notifier à la GAC les opérations dépassant certains seuils de chiffre d’affaires avant leur réalisation. La GAC examine les opérations notifiées afin d’évaluer si elles réduiraient substantiellement la concurrence sur un marché pertinent. L’autorité peut approuver sans condition, approuver sous conditions ou remèdes, tels que cessions ou engagements comportementaux, ou bloquer les opérations qui créeraient ou renforceraient une position dominante susceptible de nuire à la concurrence. Les délais et procédures sont fixés par les règlements d’application.
Sanctions et remèdes
La loi prévoit des sanctions importantes pour les comportements anticoncurrentiels. Les amendes peuvent atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel de l’entité contrevenante, avec des pénalités plus élevées possibles en cas de récidive. La GAC peut aussi ordonner la cessation de la conduite, imposer des remèdes structurels comme des cessions, et transmettre des dossiers pénaux aux autorités compétentes lorsque des individus ont participé à des cartels. Les parties privées lésées peuvent demander des dommages-intérêts devant les tribunaux commerciaux, ajoutant une couche d’exécution et de dissuasion.
Enjeux sectoriels
Plusieurs secteurs saoudiens présentent des enjeux de concurrence particuliers. Les télécommunications, dominées par Saudi Telecom Company (stc), avec des positions significatives de Mobily et Zain, relèvent à la fois de la GAC et de la régulation sectorielle de la Communications, Space and Technology Commission. La distribution et le commerce de détail soulèvent des préoccupations liées aux arrangements d’agence exclusive et aux restrictions d’importation. Les services financiers, la santé et la construction font l’objet d’un suivi continu de la GAC à mesure que les structures de marché évoluent sous l’effet de la libéralisation et de la privatisation dans le cadre de la Vision 2030.
Droit de la concurrence et Vision 2030
L’application du droit de la concurrence est un levier critique des objectifs de diversification économique et de privatisation de la Vision 2030. A mesure que des entreprises publiques sont privatisées et que des secteurs s’ouvrent à l’investissement privé et étranger, une application efficace de la concurrence garantit que les marchés nouvellement concurrentiels fonctionnent de manière efficiente et que les bénéfices des réformes sont transmis aux consommateurs et aux entreprises. Le renforcement des capacités de la GAC, incluant la formation de professionnels de la concurrence et le développement de compétences d’analyse économique, soutient la maturation du régime saoudien face à une économie plus complexe et diversifiée.
Coopération internationale
La GAC participe aux réseaux internationaux de concurrence et entretient des arrangements de coopération avec des autorités étrangères. L’appartenance saoudienne à l’International Competition Network (ICN) et l’engagement auprès du comité concurrence de l’Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) reflètent la volonté du royaume d’aligner son cadre de concurrence sur les standards internationaux. La coopération transfrontalière devient plus importante à mesure que les entreprises saoudiennes se développent à l’international et que les entreprises étrangères renforcent leur présence sur le marché saoudien.
