Zarqa Al Yamama, premier grand opéra d’Arabie saoudite, a marqué un jalon historique du développement culturel du Royaume lors de sa première en 2024. Fondée sur une légende arabe préislamique, la production constitue l’entreprise d’arts de la scène la plus ambitieuse de l’histoire saoudienne et signale l’engagement du Royaume à développer un secteur culturel de niveau mondial dans le cadre du programme qualité de vie de Vision 2030.
La production
Zarqa Al Yamama raconte l’histoire d’une figure légendaire du folklore arabe préislamique : une femme dotée d’une vision extraordinaire, capable d’apercevoir des ennemis approchant à grande distance. Le récit, issu des riches traditions orales de la péninsule Arabique, explore prophétie, incrédulité, conflit et tragédie. L’opéra est chanté en arabe, ce qui en fait l’un des rares grands opéras composés dans cette langue.
La production a été développée avec des talents créatifs internationaux, une composition portée par une équipe d’artistes saoudiens et étrangers, une mise en scène conçue pour une présentation théâtrale de grande échelle et une orchestration pour orchestre symphonique complet intégrant des éléments musicaux arabes dans un cadre lyrique classique. Le livret a été construit pour respecter le matériau source tout en créant une œuvre dramatique accessible au public international de l’opéra.
Signification culturelle
La première de Zarqa Al Yamama représente plusieurs premières : premier grand opéra produit par l’Arabie saoudite, première grande œuvre lyrique en arabe commandée par un État du Golfe, et l’un des investissements les plus significatifs dans les arts classiques de la scène dans le monde arabe. La production montre l’ambition du Royaume de contribuer aux arts de la scène mondiaux, et pas seulement de les consommer.
Le projet a été soutenu par le Ministry of Culture saoudien dans le cadre d’une stratégie plus large de développement de quinze sous-stratégies culturelles couvrant arts visuels, arts de la scène, architecture, mode, arts culinaires et autres disciplines. La stratégie arts de la scène vise spécifiquement la création de contenu culturel saoudien aux standards internationaux.
Infrastructure des arts de la scène
Le développement de l’opéra et des arts classiques de la scène en Arabie saoudite exige des investissements d’infrastructure importants. Le Royaume construit des lieux dédiés, dont des salles de concert et espaces théâtraux dans le développement de Diriyah Gate, le King Salman Cultural Centre (Ithra) à Dhahran, ainsi que les équipements culturels prévus à NEOM et dans les développements de la mer Rouge.
La salle Maraya à AlUla, repère architectural miroitant, a déjà accueilli des concerts classiques et événements culturels dans un cadre désertique spectaculaire. Elle montre comment l’Arabie saoudite combine innovation architecturale et programmation culturelle pour créer des expériences de représentation distinctives.
Développement des talents
Bâtir un écosystème domestique des arts de la scène suppose d’investir dans la formation. L’Arabie saoudite a lancé des programmes d’éducation musicale, des bourses d’arts de la scène pour des étudiants saoudiens dans des conservatoires internationaux, et des partenariats avec des compagnies d’opéra et orchestres établis pour transférer les savoir-faire.
Le Saudi National Orchestra and Choir, établi en 2023, représente le premier ensemble national de musique classique. De jeunes musiciens saoudiens sont formés à la pratique orchestrale, créant les bases d’une culture durable des arts de la scène.
Impact économique et social
Le secteur des arts de la scène génère de la valeur par la billetterie, l’exploitation des lieux, l’attraction touristique, l’emploi créatif et le tourisme culturel. Les visiteurs internationaux d’événements culturels contribuent à l’économie touristique plus large, notamment lorsque les représentations sont intégrées à des sites patrimoniaux comme AlUla ou Diriyah.
Socialement, le développement des arts de la scène représente une expansion majeure de l’expression culturelle en Arabie saoudite. La possibilité pour des artistes saoudiens d’interpréter, composer et mettre en scène au plus haut niveau crée des parcours professionnels dans des champs créatifs qui n’existaient pas auparavant dans le Royaume.
Positionnement régional et international
En investissant dans le grand opéra et les arts classiques de la scène, l’Arabie saoudite se positionne aux côtés des centres culturels établis de la région et du monde. Abou Dhabi dispose des partenariats Louvre et Guggenheim. Le Qatar a le Museum of Islamic Art et le National Museum. La stratégie culturelle saoudienne est plus large : patrimoine ancien avec AlUla, art contemporain avec la Diriyah Biennale, arts de la scène avec Zarqa Al Yamama, et culture populaire avec Soundstorm et Riyadh Season.
Cette approche globale reflète l’ampleur de l’ambition de Vision 2030. Plutôt que de se concentrer sur une seule institution culturelle, le Royaume construit un écosystème couvrant préservation du patrimoine, création contemporaine, éducation et engagement public.
Plans futurs
Le succès de Zarqa Al Yamama devrait catalyser d’autres commandes d’opéra et de musique classique, développant l’identité de l’Arabie saoudite comme mécène et créateur d’arts de la scène. Une tournée internationale de la production étendrait son impact culturel au-delà du Royaume, tandis que de futures commandes pourraient explorer le riche patrimoine littéraire et musical arabe comme matériau source. Le secteur reste jeune, mais il a posé ses bases et démontré la capacité et l’ambition du Royaume dans ce domaine.
