Le Programme de privatisation de l’Arabie saoudite est le canal de réforme de Vision 2030 destiné à transférer certains actifs et services publics vers la propriété privée, la gestion privée ou des contrats de partenariat public-privé. Il vise à améliorer la qualité des services, réduire la pression budgétaire sur l’État et élargir la participation du secteur privé.
Le programme est coordonné par le National Center for Privatization and PPP (NCP), qui relève du Council of Economic and Development Affairs (CEDA) et sert de guichet institutionnel pour les opérations de privatisation et de partenariat public-privé dans le Royaume.
Logique stratégique
L’État saoudien a historiquement conservé la propriété directe et le contrôle opérationnel d’un vaste portefeuille d’actifs couvrant la santé, l’éducation, l’eau, l’électricité, les transports, les services postaux, le stockage des céréales et les infrastructures municipales. Ce modèle, financé par les revenus pétroliers, a permis une couverture étendue des services mais a généré des inefficiences en matière de coûts, de qualité de service et d’allocation du capital. À mesure que Vision 2030 a réorienté les finances publiques vers la soutenabilité et que l’État a redirigé le capital vers de nouveaux secteurs économiques, la privatisation est devenue un mécanisme de valorisation des actifs existants tout en attirant l’investissement privé et l’expertise de gestion.
Le programme cible plus de 160 actifs et services publics susceptibles d’être transférés, pour une valeur estimée à plusieurs centaines de milliards de riyals. Il distingue les ventes intégrales d’actifs, les cessions partielles par introduction en bourse, les contrats de gestion et les concessions PPP selon des structures de type construction-exploitation-transfert ou équivalentes.
Secteurs prioritaires
La santé est l’un des secteurs les plus avancés du pipeline de privatisation. La transformation des hôpitaux publics en clusters semi-autonomes, gérés par des holdings dédiées appliquant des pratiques de gouvernance du secteur privé, constitue une étape intermédiaire vers une participation privée ultérieure. Le modèle PPP a été appliqué à des établissements spécifiques, aux services de laboratoire et aux centres de soins primaires, avec des opérateurs hospitaliers et prestataires internationaux mandatés pour améliorer les résultats cliniques et l’efficacité opérationnelle.
Dans l’éducation, l’activité de privatisation s’est concentrée sur la petite enfance et la formation professionnelle, où des prestataires privés ont obtenu des licences et, dans certains cas, des subventions publiques pour accroître les capacités et améliorer la qualité. Le King Salman Workforce Institute et les conseils sectoriels de compétences coordonnent des programmes de formation pilotés par les employeurs et délivrés par des prestataires privés.
La privatisation des transports a progressé par la corporatisation des chemins de fer saoudiens et l’octroi de licences à des opérateurs privés de bus à Riyad, Djeddah et La Mecque. La gestion aéroportuaire a été partiellement privatisée, des opérateurs internationaux étant chargés de la gestion des terminaux dans des aéroports clés. Le système portuaire du Royaume fonctionne depuis longtemps avec des concessions de terminaux privés, un modèle désormais étendu et approfondi.
L’eau et l’électricité ont été restructurées par la création de holdings et le lancement d’appels d’offres pour des projets indépendants de production d’électricité et d’eau, notamment dans le dessalement. La National Water Company et la Saudi Electricity Company ont toutes deux connu des réformes de gouvernance préparatoires à une participation privée accrue.
Gouvernance institutionnelle
Le NCP fournit le cadre réglementaire, les capacités de conseil transactionnel et l’assurance qualité pour l’ensemble des opérations de privatisation et de PPP. Son Privatisation Program Delivery Plan identifie les secteurs prioritaires, établit les calendriers et coordonne avec les ministères sectoriels la préparation des actifs au transfert. Des cabinets de conseil internationaux sont régulièrement mandatés pour structurer les transactions, conduire les valorisations et garantir la conformité aux meilleures pratiques.
Une loi dédiée à la privatisation et aux PPP, adoptée pour offrir une sécurité juridique aux investisseurs privés, définit les droits et obligations des parties contractantes, les mécanismes de règlement des différends et les protections contre la résiliation arbitraire. Ce cadre juridique est considéré comme un facteur clé de la participation internationale aux transactions saoudiennes de privatisation.
Progrès et défis
Les privatisations effectivement conclues ont avancé plus lentement que les ambitions initiales ne le suggéraient. Le transfert de grandes organisations publiques historiques vers une gestion privée est complexe. Il nécessite des plans de transition de la main-d’œuvre, une réforme tarifaire pour assurer la viabilité commerciale, la mise en place de régulateurs pour superviser les secteurs nouvellement privatisés et la gestion politique des attentes du public en matière de qualité et de prix des services.
La privatisation de la santé se heurte à des difficultés particulières de transition du personnel, de nombreux employés hospitaliers relevant du secteur public avec des conditions d’emploi établies. La privatisation de l’éducation soulève des questions d’équité d’accès. Celle des transports exige des investissements simultanés dans des infrastructures que le secteur privé ne souhaite pas financer sans garanties de revenus.
Malgré ces contraintes, l’orientation de la politique est clairement établie. Le pipeline de transactions PPP continue de s’élargir et l’apprentissage institutionnel issu des premières opérations est appliqué aux appels d’offres suivants. L’engagement du gouvernement en faveur de la soutenabilité budgétaire, combiné aux améliorations de qualité observées dans les premiers services privatisés, fournit le mandat politique nécessaire à la poursuite du programme.
