L’Arabie saoudite a profondément transformé son paysage arbitral au cours de la dernière décennie, en établissant un cadre juridique moderne et une infrastructure institutionnelle qui positionnent le royaume comme une juridiction crédible pour le règlement des différends commerciaux au Moyen-Orient. Le Saudi Center for Commercial Arbitration (SCCA), la loi d’arbitrage réformée de 2012 et l’adhésion saoudienne aux principales conventions internationales donnent aux investisseurs étrangers et aux entreprises locales davantage de confiance dans une résolution contractuelle efficace, impartiale et conforme aux standards internationaux.
La loi saoudienne sur l’arbitrage
La loi saoudienne sur l’arbitrage, promulguée par décret royal M/34 en 2012, a remplacé les règles de 1983 et rapproché le cadre arbitral du royaume de la loi type CNUDCI sur l’arbitrage commercial international. Elle régit les arbitrages domestiques et internationaux ayant leur siège en Arabie saoudite, et établit des dispositions claires sur la constitution des tribunaux arbitraux, la conduite de la procédure, le rendu et l’exécution des sentences, ainsi que les motifs limités d’annulation judiciaire. Les parties peuvent choisir la langue, le droit applicable et les règles procédurales de leur arbitrage, sous réserve de considérations d’ordre public.
Saudi Center for Commercial Arbitration (SCCA)
Le SCCA a été créé en 2014 comme première institution arbitrale saoudienne, fournissant des services d’arbitrage administré selon ses propres règles et procédures. Ses règles, inspirées des meilleures pratiques internationales, couvrent nomination des arbitres, gestion des affaires, délais, coûts et rendu des sentences. Le centre tient un panel d’arbitres qualifiés, saoudiens et internationaux, et offre des salles d’audience à Riyad. Il a traité un volume croissant de dossiers dans la construction, l’immobilier, le pétrole et le gaz, la technologie et les services financiers, signe d’une confiance accrue dans l’arbitrage institutionnel au sein du royaume.
Exécution des sentences arbitrales
L’Arabie saoudite a adhéré en 1994 à la Convention de New York sur la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères, fournissant un cadre d’exécution dans le royaume. La loi d’exécution et ses règlements définissent les procédures de reconnaissance et d’exécution des sentences domestiques et étrangères devant les juridictions saoudiennes. Alors que l’exécution impliquait historiquement un examen de conformité à la charia, le cadre réformé a restreint le contrôle judiciaire aux motifs procéduraux et d’ordre public, ce qui améliore la prévisibilité pour les parties cherchant à faire exécuter une sentence.
Considérations liées à la charia
Une caractéristique distinctive de l’arbitrage saoudien est le rôle de la charia comme cadre juridique supérieur. Les sentences arbitrales ne doivent pas violer les principes de la charia, et les juridictions saoudiennes conservent la faculté de les examiner au regard de l’ordre public, incluant la conformité à la charia. En pratique, cela concerne surtout les questions d’intérêt (riba), de contrats spéculatifs (gharar) et certains instruments financiers. Les praticiens expérimentés structurent contrats et clauses compromissoires en tenant compte de ces éléments, souvent avec des dispositions de conformité à la charia et des arbitres compétents en droit commercial et islamique.
Tendances d’arbitrage international
L’Arabie saoudite est devenue un participant plus actif à l’arbitrage international, à la fois comme siège et comme juridiction dont les parties comparaissent fréquemment dans des procédures administrées par des institutions telles que l’International Chamber of Commerce, la London Court of International Arbitration et l’International Centre for Settlement of Investment Disputes. Cette présence croissante reflète l’expansion des investissements transfrontaliers et de l’activité commerciale portée par les initiatives de la Vision 2030.
Arbitrage sectoriel
Certains secteurs saoudiens ont développé des mécanismes spécialisés de règlement des différends qui incorporent ou complètent l’arbitrage. La construction, qui représente une part importante des litiges commerciaux saoudiens, s’appuie fréquemment sur des clauses d’arbitrage dans des contrats fondés sur les conditions FIDIC. Le secteur financier recourt de plus en plus à l’arbitrage pour les litiges bancaires, assurantiels et de marchés de capitaux, la Capital Market Authority (CMA) soutenant l’arbitrage pour les sujets liés aux titres. Les différends énergétiques, qu’ils proviennent d’accords amont d’exploration-production ou de contrats pétrochimiques aval, sont régulièrement résolus par arbitrage international.
Arbitrage et investissement étranger
Pour les investisseurs étrangers, les clauses d’arbitrage sont un élément critique de la structuration des investissements en Arabie saoudite. Les traités bilatéraux d’investissement entre l’Arabie saoudite et ses partenaires incluent généralement des mécanismes de règlement des différends investisseur-Etat donnant accès à l’arbitrage international en cas de litige avec le gouvernement saoudien. La Saudi Arabian General Investment Authority, devenue ministère de l’Investissement, encourage les investisseurs étrangers à intégrer des clauses d’arbitrage dans leurs accords. La disponibilité d’un arbitrage crédible et exécutoire est un facteur clé dans l’évaluation du climat des affaires saoudien.
Développements futurs
L’Arabie saoudite continue d’investir dans son écosystème arbitral. Les initiatives incluent l’élargissement des capacités et de la portée géographique du SCCA, la formation d’une nouvelle génération de praticiens saoudiens, le développement de règles spécialisées pour les secteurs émergents comme la technologie et la propriété intellectuelle, et le renforcement du soutien judiciaire au processus arbitral. L’ambition de positionner Riyad comme hub régional de règlement des différends s’aligne sur l’objectif plus large de la Vision 2030 : bâtir un environnement d’affaires compétitif, transparent et fondé sur des règles.
