Aller au contenu principal
Part du PIB non pétrolier: 55 % PIB réel 2025 |Chômage saoudien: 7,2 % T4 2025 |Actifs du PIF: 925 Md$ est. 2025 |IDE / PIB: 2,8 % dernière donnée 2025 |Participation féminine: 35,0 % dernière donnée 2025 |Note souveraine: Aa3 / A+ / A+ Moody's / Fitch / S&P |Croissance du PIB: 4,5 % réel 2025 |Pèlerins Omra: 18 M+ étrangers 2025 |Part du PIB non pétrolier: 55 % PIB réel 2025 |Chômage saoudien: 7,2 % T4 2025 |Actifs du PIF: 925 Md$ est. 2025 |IDE / PIB: 2,8 % dernière donnée 2025 |Participation féminine: 35,0 % dernière donnée 2025 |Note souveraine: Aa3 / A+ / A+ Moody's / Fitch / S&P |Croissance du PIB: 4,5 % réel 2025 |Pèlerins Omra: 18 M+ étrangers 2025 |
Accueil Analyse et éditorial Les Howeitat : comment l'Arabie saoudite a démantelé une tribu pour construire une ville qui n'existe pas
Niveau 2 editorial

Les Howeitat : comment l'Arabie saoudite a démantelé une tribu pour construire une ville qui n'existe pas

20 000 personnes déplacées de terres ancestrales. Maisons détruites. Électricité coupée. Anciens soudoyés. Campagne de propagande fabriquée. Le récit médico-légal de la façon dont l'Arabie saoudite a démantelé la tribu Howeitat pour libérer le terrain d'une mégapole jamais construite.

Donovan Vanderbilt · · 15 min de lecture
Les Howeitat : comment l'Arabie saoudite a démantelé une tribu pour construire une ville qui n'existe pas — Analysis — Saudi Vision 2030

Le déplacement de la tribu Howeitat pour NEOM est la controverse centrale de droits humains derrière le mégaprojet phare de l’Arabie saoudite : environ 20 000 résidents ont été retirés de terres ancestrales par acquisition foncière, évictions forcées, pression de compensation et action sécuritaire. Les al-Huwaitat sont l’une des grandes confédérations tribales de la péninsule Arabique, avec un territoire couvrant montagnes, wadis et plaines côtières du nord-ouest saoudien.

En octobre 2017, le prince héritier Mohammed ben Salmane a annoncé que leurs terres ancestrales deviendraient NEOM, mégaprojet de 500 milliards de dollars censé accueillir 9 millions d’habitants dans une ville linéaire miroitante de 170 kilomètres, une station de ski de montagne, une plateforme industrielle flottante et un cube de 400 mètres. En avril 2026, le projet avait dépensé 50 milliards de dollars, produit 2,4 kilomètres de fondations et suspendu la construction. Les Howeitat avaient été déplacés. La ville n’avait pas été construite. La tribu a payé le prix d’une civilisation qui n’existe que dans des rendus architecturaux.

Voici le récit de la façon dont 20 000 personnes ont été retirées de terres qu’elles occupaient depuis des siècles pour faire place à un projet dont l’audit interne estime qu’il coûterait 8 800 milliards de dollars et prendrait jusqu’en 2080 pour être achevé.

L’acquisition

La saisie foncière a précédé l’annonce de six mois. En avril 2017, le Public Investment Fund a secrètement acquis des titres sur des terres de la mer Rouge englobant les villages d’al-Khuraybah, Sharma et Gayal, les principaux noyaux d’habitat Howeitat dans ce qui deviendrait la zone NEOM. Transactions foncières et renouvellements de licences dans la zone ont été suspendus simultanément, sans préavis ni explication. Les Howeitat, qui n’avaient aucun représentant dans les discussions parce qu’aucune discussion n’avait eu lieu, n’ont appris le transfert de propriété que lorsque ses conséquences sont arrivées.

Des comités du ministère de la Justice ont émis en février 2018 des ordres d’acquisition foncière d’urgence, formalisant un processus pour lequel aucun cadre juridique n’était adapté à l’ampleur du déplacement envisagé. Le droit saoudien de l’expropriation prévoit l’acquisition obligatoire dans l’intérêt public, mais il exige une compensation à la juste valeur de marché et un processus incluant notification et recours. Les Howeitat n’ont reçu ni juste valeur ni véritable procédure. Ils ont reçu des avis d’éviction obligatoires et, lorsque ceux-ci n’ont pas suffi, les forces de sécurité.

L’acquisition ne portait pas seulement sur la terre, mais sur la relation de la communauté à celle-ci. Des propriétés ont été saisies. Les droits de pâturage ont été supprimés. Des parcelles agricoles cultivées par des familles depuis des générations ont été requalifiées en terres d’État. Les infrastructures physiques de la vie quotidienne, accès à l’eau, raccordements électriques, usage des routes, ont été méthodiquement perturbées. L’objectif n’était pas seulement d’acquérir un titre. Il était de rendre la terre inhabitable pour ceux qui refusaient de partir, afin que l’éviction puisse être présentée comme un départ volontaire d’un lieu qui ne fonctionnait plus comme foyer.

La promesse et le basculement

L’approche initiale fut conciliante, du moins dans sa forme. Les communautés Howeitat se sont entendu dire qu’elles feraient “partie de NEOM”, que le mégaprojet apporterait la prospérité à la région, que leurs communautés bénéficieraient du développement, que la transformation élèverait leur statut économique. Les assurances étaient générales, verbales et non accompagnées d’engagements écrits. Elles étaient aussi temporaires.

Le basculement est intervenu le 1er janvier 2020, lorsque l’émirat de Tabuk a annoncé l’éviction obligatoire des résidents d’al-Khuraybah, Sharma et Gayal. Pas de consultation préalable. Pas de période de transition. Pas de plan de réinstallation négocié. Des comités de développement social sont arrivés dans les semaines suivantes pour traiter les évictions et évaluer les compensations. Le processus était administratif, non consensuel. Les familles recevaient des formulaires, pas des choix.

La structure de compensation a révélé la valeur que l’État attribuait aux vies tribales. Le montant affiché de relocalisation était de 620 000 riyals, soit environ 165 000 dollars par famille. Ce chiffre apparaissait dans la documentation officielle. Les montants effectivement versés racontent une autre histoire. Certaines familles ont reçu aussi peu que 17 000 riyals, environ 4 500 dollars. D’autres ont rapporté une offre initiale d’environ 3 000 dollars par famille, communiquée selon ces récits par un assistant envoyé par le prince héritier lui-même, avec instruction d’accepter ou d’affronter une expulsion forcée.

L’écart entre la compensation déclarée et les paiements réels n’était pas une erreur administrative. C’était l’écart entre ce que l’État annonçait pour consommation publique et ce qu’il livrait à des personnes sans levier, sans représentation juridique et sans accès aux médias. Les Howeitat n’avaient ni syndicat, ni représentant parlementaire, ni avocat d’intérêt public, ni presse libre par lesquels contester les termes. Ils avaient leur terre et une décision à prendre : accepter ce qui était offert, ou refuser et affronter les conséquences préparées par l’État.

La campagne d’achat du consentement

Après la mort d’Abdul Rahim al-Huwaiti le 13 avril 2020, les autorités saoudiennes ont lancé une campagne destinée à fabriquer le consentement tribal au déplacement, a posteriori sinon réellement.

Le mécanisme était financier. Les autorités ont offert jusqu’à 100 000 riyals, environ 26 585 dollars, à des chefs tribaux désignés par l’État, à condition qu’ils condamnent publiquement la résistance d’Abdul Rahim. Les paiements n’étaient pas une compensation pour le déplacement. C’étaient des honoraires de performance : l’achat de déclarations publiques permettant au gouvernement d’affirmer que la tribu soutenait le projet qui venait de tuer l’un de ses membres.

Les paiements ont augmenté. Les autorités ont promis 100 000 riyals par membre de tribu et 300 000 riyals, environ 80 000 dollars, par “cheikh” désigné en échange de leur participation à un film officiel de propagande. Le but du film était explicite : pousser la tribu à désavouer publiquement Abdul Rahim et les autres membres qui avaient refusé l’ordre d’expulsion. La production nécessitait des participants volontaires. Les paiements les ont obtenus.

Deux semaines après la mort, la Saudi Press Agency a publié une déclaration attribuée à des chefs tribaux exprimant leur soutien au prince héritier Mohammed ben Salmane et au projet NEOM. La déclaration portait les marques d’une production d’État : elle utilisait le langage officiel, passait par les canaux médiatiques de l’État et servait les besoins narratifs du gouvernement au moment précis où ils étaient les plus aigus. Savoir si les signataires représentaient les vues de la tribu ou seulement celles de personnes ayant accepté un paiement est une question à laquelle le gouvernement saoudien n’a pas été contraint de répondre, parce qu’aucune institution indépendante en Arabie saoudite n’a l’autorité ou la sécurité nécessaires pour la poser.

Les raids

Pour ceux qui n’acceptaient pas le paiement, l’État a déployé un autre instrument.

En mars 2020, avant la mort d’Abdul Rahim, les forces de sécurité ont commencé à mener des raids dans les maisons de membres Howeitat qui avaient refusé les conditions d’éviction. L’échelle visait à submerger : des convois pouvant aller jusqu’à 40 véhicules descendant sur des propriétés familiales individuelles. Le but n’était pas l’arrestation, qui viendrait plus tard. Le but était la démonstration : montrer à chaque famille que l’État possédait la capacité et la volonté d’entrer chez elle à tout moment, et que la vie privée et la sécurité qu’elle avait connues sur sa propre terre étaient désormais un privilège révocable.

Les raids se sont intensifiés après la mort. Les arrestations de masse ont commencé en avril 2020. Pendant la semaine du 21 septembre 2020, Suleiman Mohammed al-Taqique al-Huwaiti, militant tribal en vue, a été arrêté et ses comptes sur les réseaux sociaux ont été désactivés. Treize autres membres de la tribu auraient été enlevés par les forces de sécurité à peu près au même moment et détenus au secret, sans charges, sans accès à des avocats et sans notification à leurs familles.

Les infrastructures de la vie quotidienne ont été utilisées comme arme contre ceux qui restaient. L’électricité a été coupée dans les foyers résistants. L’accès à l’eau a été restreint. Les routes ont été bloquées ou patrouillées. L’effet a été de transformer la terre elle-même, celle que les Howeitat occupaient depuis des siècles, en espace punissant l’occupation. L’éviction n’a pas été accomplie par un seul acte de retrait. Elle l’a été par la dégradation soutenue des conditions nécessaires à la vie, appliquée jusqu’à ce que le départ puisse paraître relever de la décision propre de l’occupant.

Des rapports ont documenté des incendies dans des propriétés Howeitat, incidents que les résidents ont attribués à l’action de l’État et que le gouvernement n’a ni investigués ni expliqués. Des campagnes de pression sur employeurs ont été déployées contre des membres de la tribu occupant des emplois hors de la zone immédiate : mutations vers le sud, loin de leurs communautés, dispersant de fait le réseau tribal par les mécanismes administratifs du droit saoudien de l’emploi.

L’ONU et la réponse internationale

Le 9 octobre 2020, la tribu al-Huwaitat a soumis une demande formelle aux Nations unies appelant à une enquête sur le déplacement forcé. La demande est passée par des intermédiaires, car aucun membre de la tribu à l’intérieur de l’Arabie saoudite ne pouvait communiquer en sécurité avec un organisme international. La représentante de la tribu à Londres, Alya Alhwaiti, a fourni un témoignage et coordonné la soumission avec des organisations de défense des droits humains.

L’ONU était déjà saisie. Le 10 août 2020, des titulaires de mandats des Nations unies avaient adressé une communication formelle à l’Arabie saoudite exprimant une “grave préoccupation” au sujet de la mort d’Abdul Rahim, référencée AL SAU 11/2020. En mai 2023, des experts du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont publié un communiqué exprimant leur inquiétude face à des “exécutions imminentes liées au projet NEOM”, nommant six personnes condamnées à mort ou à des décennies d’emprisonnement pour avoir résisté aux évictions.

Les experts de l’ONU ont indiqué que les accusations visant les Howeitat “ne semblent pas conformes au droit international” et ont rappelé que la peine de mort ne peut être imposée que pour “les crimes les plus graves, impliquant un homicide intentionnel”, seuil que des publications sur les réseaux sociaux à propos d’une éviction ne remplissent selon aucune norme juridique reconnue.

Les réponses de l’Arabie saoudite à ces communications n’ont pas été rendues publiques dans leur intégralité. La position générale du Royaume sur le déplacement, telle que transmise par les déclarations officielles et les médias alignés sur le gouvernement, est que NEOM est un projet de développement d’intérêt national, que les communautés affectées ont été compensées et que ceux qui se sont livrés à la violence ou à l’incitation à la violence ont été poursuivis légalement au titre de la législation antiterroriste.

La diaspora d’une tribu

Les Howeitat n’ont pas été déportés. Ils ont été désagrégés. Le déplacement n’a pas envoyé la tribu vers un seul lieu où les liens communautaires auraient pu être maintenus. Il a dispersé les familles à travers le Royaume, certaines à Riyad, certaines à Djeddah, certaines dans des implantations du sud, par une combinaison de relocalisation forcée, de mutations dictées par les employeurs et de simple impossibilité de rester sur une terre privée d’électricité, d’eau et de sécurité physique.

La désagrégation était fonctionnelle. Une tribu concentrée dans une même zone peut s’organiser. Elle peut préserver l’histoire orale, l’identité communautaire et la résistance collective. Une tribu dispersée à travers un pays de 2,15 millions de kilomètres carrés ne le peut pas. Le déplacement des Howeitat n’était pas seulement géographique. C’était le démantèlement d’une structure sociale : les relations entre familles, la proximité qui permet la décision collective, la présence physique qui constitue une revendication sur la terre.

Pour ceux qui sont restés dans la région plus large de Tabuk, les conditions ont changé même lorsque leurs propriétés précises n’ont pas été saisies. La zone NEOM a absorbé l’infrastructure économique et sécuritaire de la région. Les routes qui servaient les communautés tribales ont servi la logistique de construction. Des checkpoints inexistants auparavant ont contrôlé les déplacements. La présence militaire et sécuritaire déployée pour les évictions ne s’est pas retirée une fois les évictions accomplies. Elle est devenue l’appareil de sécurité permanent d’une zone de construction, zone dans laquelle les habitants d’origine étaient, par définition, des intrus sur ce qui avait été leur propre terre.

Le rapport d’ALQST de février 2023, “The Dark Side of Neom”, a documenté l’ampleur du dossier : au moins 47 membres de la tribu arrêtés ou détenus, 5 condamnés à mort, 15 condamnés à des peines de prison de 15 à 50 ans, 19 détenus sans information sur leur sort et 8 libérés. La compensation proposée allait des 620 000 riyals déclarés à aussi peu que 17 000 riyals. La demande d’intervention de la tribu auprès de l’ONU a produit des communications, mais pas d’exécution.

Le décompte du Wall Street Journal

Le Wall Street Journal a rapporté qu’environ 20 000 personnes avaient été retirées de force de la zone NEOM, chiffre qui englobe non seulement les Howeitat mais aussi d’autres communautés et individus dont les propriétés se trouvaient dans le périmètre de 26 500 kilomètres carrés. Le gouvernement saoudien n’a pas contesté ce chiffre par un autre chiffre précis. Les communications publiques de NEOM ne mentionnent pas le déplacement. Le site du projet, ses supports promotionnels, ses rendus architecturaux et ses présentations investisseurs décrivent la zone comme une terre vide, une toile blanche sur laquelle l’avenir serait dessiné. Les 20 000 personnes qui y vivaient avant que la toile ne soit déclarée blanche n’apparaissent dans aucun document officiel de NEOM.

L’effacement est complet. Le marketing de NEOM montre montagnes, littoral et désert, le même paysage que connaissaient les Howeitat. Il ne montre pas les villages détruits, les maisons incendiées, les routes bloquées ou les familles dispersées. Les rendus architecturaux représentent une ville du futur. Ils ne représentent pas la communauté du passé détruite pour dégager le site. Dans le récit officiel de NEOM, la terre a toujours été vide. Les Howeitat n’existent pas dans l’histoire enregistrée du projet, parce que l’histoire enregistrée du projet commence par un rendu, non par une carte.

La résistance en cours

Le déplacement n’a pas été accepté universellement, et la résistance n’a pas été éteinte malgré les poursuites.

Des membres de la tribu en exil continuent de documenter le déplacement par les réseaux sociaux et par la coopération avec des organisations de défense des droits humains. Le hashtag #الحويطات_ضد_ترحيل_نيوم reste actif. Alya Alhwaiti, représentante de la tribu à Londres, continue de témoigner auprès d’organismes internationaux et de médias. L’effort de documentation se poursuit, même si l’écart entre documentation et responsabilité reste immense.

À l’intérieur de l’Arabie saoudite, le coût de la résistance a été rendu clair par les condamnations : mort pour les plus visibles, décennies de prison pour ceux qui ont pleuré ou protesté sur les réseaux sociaux, disparition forcée pour ceux dont les dossiers que l’État a préféré traiter sans la formalité d’un procès. L’effet dissuasif est intentionnel. Les peines ne sont pas proportionnées aux actes qu’elles sanctionnent. Elles sont proportionnées au message qu’elles doivent envoyer : s’opposer à un projet royal est existentiellement dangereux, et les mécanismes de l’État, tribunaux, forces de sécurité, prisons, peuvent être déployés contre des citoyens refusant de subordonner leurs droits aux ambitions architecturales du prince héritier.

La ville qui exigeait leur retrait

Le projet pour lequel les Howeitat ont été déplacés n’a, en avril 2026, produit aucune ville. The Line, la structure miroitante de 170 kilomètres censée justifier les évictions, les morts et les condamnations à mort, est suspendue à 2,4 kilomètres de fondations. Les barrages et infrastructures de ski de Trojena ont été annulés. Le Mukaab est suspendu. La plateforme flottante d’Oxagon n’a pas été commandée.

Ce qui existe dans la zone NEOM, c’est un aéroport, un port, des réseaux routiers, des logements ouvriers et une usine d’hydrogène vert de 8,4 milliards de dollars, achevée à 80 %, qui aurait pu être construite sur n’importe quel segment de côte de la mer Rouge sans déplacer une seule famille. L’usine d’hydrogène n’exige pas les terres des Howeitat. Elle exige soleil, vent et eau. L’aéroport n’exige pas le retrait d’une tribu. Il exige une surface plane et un couloir d’approche. Aucun des composants réellement construits par NEOM, ceux qui génèrent des rendements économiques indépendants de la thèse de la mégapole, ne nécessitait le déplacement mené.

Le déplacement était requis par The Line, la structure censée parcourir 170 kilomètres à travers le territoire tribal. The Line est suspendue. Le déplacement est permanent. La tribu ne peut pas revenir dans des maisons démolies, sur des terres dont le titre a été transféré au PIF, dans une communauté dont les membres ont été dispersés à travers le Royaume. L’éviction était irréversible par conception. Le projet qu’elle servait était réversible par budget.

Vingt mille personnes ont été retirées de leurs terres ancestrales pour ouvrir un passage à une ville linéaire. Le passage a été ouvert. La ville n’a pas été construite. Les gens ne peuvent pas revenir. La terre reste vide, débarrassée de ses habitants et de la construction censée les remplacer. C’est le terrain vague le plus coûteux de l’histoire humaine, acheté non par l’argent seulement mais par des siècles de présence tribale, des vies individuelles et la confiance entre un État et ses citoyens, confiance qui, une fois rompue, ne peut être réparée par aucune compensation, surtout pas à 4 500 dollars par famille.


Cette enquête s’appuie sur la documentation d’ALQST (“The Dark Side of Neom”, février 2023 ; profils de prisonniers politiques) ; MENA Rights Group (profils de cas et dépôts auprès de l’ONU) ; le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (communications et communiqués) ; le Wall Street Journal (reporting sur les 20 000 déplacés) ; Al Jazeera ; Middle East Eye ; la BBC (enquête sur la force létale, mai 2024) ; les témoignages d’Alya Alhwaiti ; E-International Relations ; l’European-Saudi Organisation for Human Rights ; la Saudi Press Agency ; Dezeen ; et le Business and Human Rights Resource Centre. Vision2030.AI est éditorialement indépendant et n’est affilié ni à NEOM, ni au PIF, ni à aucune entité officielle de Vision 2030.