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La nouvelle loi saoudienne sur les marchés publics porte l’achat direct à 1 million SAR

La loi saoudienne de 2026 sur les marchés publics échange des approbations plus rapides et une plus grande discrétion contre de nouveaux contrôles documentaires, de paiement et de contenu local.

Donovan Vanderbilt · · 14 min de lecture
La nouvelle loi saoudienne sur les marchés publics porte l’achat direct à 1 million SAR — Analysis — Saudi Vision 2030

Dernière vérification : 1er septembre 2026. La nouvelle loi saoudienne sur les appels d’offres et marchés publics introduit deux changements qui tirent dans des directions opposées. Elle donne aux entités publiques davantage de marge pour agir vite, surtout en relevant le plafond de l’achat direct de 100 000 SAR à 1 million SAR, et ajoute des contrôles destinés à rendre cette discrétion auditable. [S1]

Les mesures de rapidité sont substantielles. Le délai minimal de suspension après attribution passe de cinq jours ouvrables à trois. L’approbation des contrats par le ministère des Finances est ramenée d’un maximum de 15 jours à quatre jours ouvrables. Le montant pour lequel un responsable d’entité peut déléguer l’autorité décisionnelle passe de 10 millions SAR à 50 millions SAR. Les comités d’ouverture et d’examen des offres sont fusionnés. [S1]

Les mesures de contrôle comptent tout autant. L’achat direct doit être justifié et documenté. Un nouvel article 91 peut empêcher une entité publique d’attribuer un nouveau marché lorsqu’elle n’a pas pris les mesures requises sur des créances de contractants existantes après notification du ministère. La coordination sur le contenu local est insérée plus tôt dans la planification des achats. Les avenants reçoivent des plafonds explicites en pourcentage. La recherche, le développement et l’innovation obtiennent une voie réglementaire séparée.

Changement publiéRègle antérieureLoi 2026Effet opérationnel
Plafond de valeur de l’achat direct100 000 SAR1 M SARMultiplication par dix de l’achat potentiellement non ouvert
Autorité d’attribution/décision déléguée10 M SAR50 M SARMultiplication par cinq de la valeur délégable
Délai d’approbation ministérielle du contrat15 jours4 jours ouvrablesRéduction de 73 % du délai maximal publié
Suspension minimale5 jours ouvrables3 jours ouvrablesDélai plus court entre avis d’attribution et contrat
Seuil d’exemption de garantie finale100 000 SAR300 000 SARDavantage de petits marchés peuvent être exemptés
Pénalité maximale de retard, contrats hors fourniture20 %15 %Plafond légal abaissé
Validité des offres90 jours calendaires90 jours ouvrablesDurée calendaire écoulée plus longue, non plus courte
Comités de décision selon les articles 84/87Au moins 5 membresAu moins 3Comités plus réduits ; nouveau secrétariat général

Ce ne sont pas des retouches marginales. Elles redessinent l’endroit où les marchés publics saoudiens placent le temps, la discrétion et la responsabilité.

L’achat direct est multiplié par dix, mais ce n’est pas un blanc-seing

L’article 32 relève le plafond du coût estimé pour l’achat direct de 100 000 SAR à 1 million SAR. Il autorise aussi l’achat direct pour la recherche, le développement ou l’innovation ; les travaux disponibles auprès d’un praticien professionnel ; les logiciels et licences électroniques ; les abonnements à des sites web ou revues scientifiques spécialisées ; les espaces d’exposition et de conférence ; et la formation des agents publics. [S1]

Le seuil financier est le titre principal parce qu’il est le plus facile à quantifier. Une acquisition estimée à 900 000 SAR, qui dépassait normalement l’ancien plafond, peut désormais entrer dans la voie de l’achat direct. Le nouveau plafond est dix fois supérieur à l’ancien.

Mais la loi exige aussi que l’entité publique explique et documente pourquoi elle a utilisé l’achat direct, sans affaiblir la concurrence ni l’efficience de la dépense. La qualité de la piste d’audit devient donc centrale. Un dossier sérieux doit identifier le besoin, l’estimation du coût, la recherche de fournisseurs, le référentiel de prix, la vérification des conflits, les alternatives envisagées et la raison pour laquelle la concurrence ouverte n’était pas adaptée.

Le risque est le fractionnement des achats : diviser un besoin en acquisitions plus petites afin de rester sous un plafond. Le tableau comparatif du ministère ne supprime pas l’obligation plus large de calculer un coût estimé honnête. L’article 23 dit expressément que le coût estimé doit inclure tous les coûts, frais et taxes, ainsi qu’un pourcentage de contingence à définir par règlement. [S1]

L’interaction avec la concurrence limitée est révélatrice. L’ancienne loi autorisait cette méthode pour les achats estimés à 500 000 SAR au plus. Le nouvel article 30 supprime cette voie fondée sur la valeur, impose aux entités d’expliquer pourquoi la concurrence ouverte n’est pas adaptée et conserve la concurrence limitée pour des cas spécifiés, dont les praticiens professionnels. Pour la tranche de 100 000 SAR à 1 million SAR, la politique n’est donc pas simplement « plus d’appels d’offres limités » ; elle crée une capacité beaucoup plus large d’achat direct, sous réserve de documentation.

L’affaiblissement de la concurrence dépendra de la publication. Si Etimad divulgue chaque attribution directe au-dessus d’un seuil de reporting bas, avec fournisseur, valeur, justification et prix comparables, la discrétion élargie pourra être inspectée. Si ces dossiers restent internes, le public verra le plafond mais pas la discipline censée l’encadrer.

La règle de paiement est puissante, mais plus étroite que « payer avant de lancer un appel d’offres »

Le nouvel article 91 vise une préoccupation chronique des contractants : une entité publique qui attribue de nouveaux travaux alors que d’anciennes créances certifiées ou traitées restent non résolues. La disposition indique qu’une entité ne peut pas émettre une nouvelle attribution lorsque des créances de contractants pour des travaux réalisés ou des biens fournis existent et que l’entité n’a pas pris les procédures nécessaires malgré une notification du ministère. [S1]

Deux exceptions empêchent une lecture trop large. L’interdiction ne s’applique pas lorsque le non-paiement est imputable aux procédures du ministère, ni lorsque l’entité a accompli les étapes nécessaires relatives à la créance mais que les crédits suffisants ne sont pas disponibles. Le règlement d’exécution doit expliquer la mécanique.

Il ne s’agit donc pas d’un privilège automatique, d’une garantie de paiement instantanée ni d’un droit général permettant à chaque fournisseur de bloquer chaque appel d’offres. Le déclencheur semble exiger des créances en souffrance, une défaillance procédurale de l’entité, une notification ministérielle et l’absence d’exception applicable. Les litiges sur le droit au paiement, les dossiers incomplets et les crédits insuffisants peuvent rester séparés.

L’incitation reste matérielle. Un bureau d’achat qui veut continuer à attribuer des contrats doit faire avancer les anciens dossiers de paiement. Cela relie la nouvelle autorité de dépense à l’administration des contrats passés au lieu de traiter le paiement comme un problème de comptabilité.

Pour que la règle fonctionne, le tableau de performance devrait publier, par entité, le délai médian et le 90e percentile de paiement ; la valeur certifiée mais impayée ; le nombre et la valeur des attributions suspendues ; l’âge des créances ; et les raisons d’utilisation des exceptions. Le résultat n’est pas le nombre d’avertissements envoyés. Il est de savoir si les contractants reçoivent plus vite les montants non contestés et intègrent moins de risque de retard de paiement dans leurs offres.

Des approbations plus rapides ne rendent pas chaque étape plus rapide

L’article 57 réduit le délai maximal d’approbation des contrats par le ministère des Finances de 15 jours à quatre jours ouvrables. L’article 50 ramène la suspension minimale de cinq jours ouvrables à trois, sous réserve d’exceptions réglementaires. L’article 43 fusionne l’organe d’ouverture des offres et celui d’examen des offres en un seul comité. [S1]

Ces changements peuvent supprimer du temps de file d’attente. Le relèvement de la limite de délégation de 10 millions SAR à 50 millions SAR peut aussi réduire les renvois vers le haut. Mais un changement publié va dans l’autre sens : la validité des offres devient 90 jours ouvrables au lieu de 90 jours calendaires. Selon les jours fériés, 90 jours ouvrables peuvent couvrir environ quatre mois. Ce changement donne aux entités plus de temps calendaire avant expiration des offres, ce qui peut réduire les demandes de prolongation, mais expose plus longtemps les prix et garanties des soumissionnaires.

La loi impose aussi l’annulation si la période de validité expire sans décision d’attribution ou prolongation. Elle permet une relance simplifiée lorsque toutes les offres sont retirées ou exclues, ou lorsque la validité expire. Cela empêche une compétition indéfiniment périmée tout en évitant la répétition complète de certaines étapes préparatoires.

La rapidité doit donc être mesurée de bout en bout : approbation du plan d’achat, délai de publication à clôture, évaluation, suspension, signature du contrat, bon de commande, livraison, certification et paiement. Annoncer qu’une approbation tombe de 15 à quatre jours ne démontre pas que le délai total d’achat baisse de onze jours.

Les règles d’avenant rendent le périmètre contractuel plus explicite

L’article 67 révisé permet d’ajouter de nouveaux postes jusqu’à 10 % du contrat ou du bon de commande-cadre avec accord du contractant. Les quantités existantes peuvent être augmentées jusqu’à 20 %, l’accord étant requis pour la part supérieure à 10 %. L’augmentation totale issue des nouveaux postes et des postes existants ne peut pas dépasser 20 %. Les réductions sont limitées à 20 %, sauf accord du contractant pour davantage, et les termes non financiers peuvent être modifiés par accord. [S1]

La règle sépare trois notions souvent comprimées dans le mot « variation » : ajouter un nouveau poste de périmètre, augmenter un poste existant et réduire le contrat. Le plafond agrégé de 20 % est le contrôle le plus important, car il limite l’usage d’amendements cumulés pour transformer un périmètre attribué en un achat matériellement différent.

La règle n’empêche pas à elle seule une mauvaise définition du périmètre. Une entité peut encore lancer un appel d’offres sur des besoins immatures et consommer une contingence par des changements légitimes. Les questions d’audit portent sur la valeur ajoutée, la raison, l’étalonnage du prix, l’approbateur et le point de savoir si le périmètre révisé aurait attiré d’autres soumissionnaires s’il avait figuré dans l’appel d’offres initial.

La loi abaisse de 20 % à 15 % les pénalités maximales de retard et de manquement à la continuité d’exécution pour les catégories de contrats concernées. Cela peut réduire le risque extrême pour les fournisseurs, tandis que garanties et droits de résiliation restent des protections séparées. Un plafond de pénalité plus bas ne doit pas être présenté comme une responsabilité plus faible, sauf si les données d’exécution montrent que les pénalités deviennent trop faibles.

Le contenu local remonte encore dans la chaîne

L’article 12 oblige les entités publiques à coordonner avec l’Autorité du contenu local et des marchés publics pendant la planification anticipée des achats. L’article 13 impose au ministère des Finances de coordonner avec l’autorité lorsqu’il fixe les politiques et orientations. L’article 43 permet à un représentant du contenu local de participer à l’examen des offres avec les pouvoirs des membres du comité. [S1]

C’est important parce que le contenu local est plus efficace lorsqu’il est conçu dans le besoin et le modèle d’évaluation, et non ajouté après la fixation des spécifications commerciales et techniques. Il peut affecter la structure des lots, les produits nationaux obligatoires, les obligations de développement fournisseur, la notation et les KPI contractuels.

L’article 34 déplace la localisation industrielle et les contrats de transfert de connaissance vers des règles séparées émises conjointement par le ministère et l’autorité, la loi sur les marchés publics s’appliquant par ailleurs. L’article 98 exige de même une réglementation dédiée pour la recherche, le développement et l’innovation, préparée avec les organismes concernés.

Ce sont des dispositions habilitantes, pas la preuve d’une production localisée. Un appel d’offres peut contenir un mécanisme de contenu local sans attribuer d’argent à un fabricant saoudien ; un contrat peut promettre un transfert de connaissance sans démontrer que la capacité est restée dans le Royaume. Le reporting trimestriel doit indiquer la valeur des appels d’offres, la valeur attribuée, le score de contenu local audité, les achats de produits nationaux, les pénalités et les jalons de transfert vérifiés.

L’innovation gagne une voie, mais les règles d’exécution portent les questions difficiles

La loi autorise explicitement l’achat direct pour la R&D et l’innovation et ordonne une réglementation séparée sur la R&D et l’innovation. Cela peut résoudre un vrai problème d’achat : un travail technique incertain ne rentre pas toujours dans une spécification écrite à l’avance et attribuée au prix conforme le plus bas.

La future réglementation doit définir le périmètre. Elle doit prévoir des tests permettant de qualifier la R&D ; des financements par étapes et des portes de sortie ; la propriété intellectuelle ; les droits de commercialisation ; les données et la sécurité ; la gestion des conflits ; la tolérance à l’échec ; et le moment où un prototype réussi doit être remis en concurrence pour un déploiement à l’échelle.

Sans ces contrôles, « innovation » peut devenir une exception élastique à la concurrence. Avec eux, les agences saoudiennes peuvent acheter de la découverte et de l’expérimentation sans prétendre que le résultat est connu.

De nombreuses autres clauses renvoient de même les détails au règlement : délais de réponse pour les achats unifiés, pourcentages de contingence, prolongations de validité des offres, exceptions à la suspension, procédures de blocage pour paiement, exceptions aux modèles contractuels et application de la loi aux sociétés achetant pour le compte de l’État. La loi fixe l’architecture ; les règles d’exécution détermineront le flux de travail.

Le dossier de publication exige une transition nette

Le Conseil des ministres a approuvé la loi le 5 août 2026, et le ministre des Finances l’a présentée comme une réforme de gouvernance, de transparence et du secteur privé. [S2] [S3] Le ministère a ensuite publié une comparaison article par article identifiant les amendements examinés ici.

À la date de clôture de recherche de cet article, le 31 août, la page du ministère examinée ne précisait pas de date d’entrée en vigueur et ne présentait pas de nouveau règlement d’exécution consolidé. L’édition compilée de juin 2026 de la loi et du règlement, publiée par le ministère, précède l’approbation du Cabinet en août et ne doit pas être présumée mettre en œuvre chaque nouvelle clause. [S4]

Les entités acheteuses et les fournisseurs ont donc besoin d’un avis formel de transition indiquant quelles compétitions restent sous l’ancienne loi, quand les nouveaux seuils peuvent être utilisés, comment les accords-cadres existants sont traités et quelles anciennes dispositions réglementaires continuent jusqu’à leur remplacement. Un communiqué de presse ne peut pas répondre à ces questions.

Contre-argument : plus de discrétion peut être compatible avec de meilleurs marchés publics

Relever un plafond d’achat direct augmente naturellement le risque pour la concurrence. Cela peut aussi être proportionné dans un grand secteur public où lancer un appel d’offres complet pour des besoins courants inférieurs à 1 million SAR coûte du temps à l’État comme aux soumissionnaires. Une délégation plus rapide et moins d’étapes de comité peuvent libérer du personnel pour examiner les contrats de plus grande valeur et de plus haut risque.

La qualité de la réforme dépend donc des données et de l’exécution, non du fait que chaque achat suive la procédure la plus longue. Une attribution directe transparente avec test de marché peut produire une meilleure valeur qu’un appel d’offres nominalement ouvert avec un seul soumissionnaire qualifié, des spécifications restrictives et des mois de retard.

Le risque inverse est que les indicateurs de vitesse dominent. Les entités pourraient célébrer des cycles d’achat plus courts pendant que la part des attributions directes augmente, que la concentration fournisseurs progresse ou que les paiements restent lents. C’est pourquoi le temps, la concurrence, le prix, la livraison, le contenu local et le paiement doivent être publiés ensemble.

Ce qui infirmerait cette lecture

Un règlement d’exécution final qui resserrerait matériellement l’achat direct ou modifierait les seuils publiés imposerait de réviser la comparaison. Une circulaire de transition fixant une date d’effet claire et reconduisant des règles spécifiées comblerait le vide de commencement.

Les données postérieures à l’entrée en vigueur pourraient trancher l’arbitrage central. Plus d’offres par appel d’offres ouvert, des cycles de bout en bout plus courts, moins d’attributions à source unique, des prix étalonnés plus bas et des paiements plus rapides montreraient que discrétion et contrôle se sont améliorés ensemble. Des achats directs en hausse, des justifications faibles, une concentration fournisseurs accrue ou des arriérés persistants montreraient que la vitesse a dépassé la gouvernance.

L’Arabie saoudite n’a pas seulement « modernisé les marchés publics ». Elle a déplacé les droits de décision, les seuils et les garde-fous contractuels. Le plafond d’achat direct multiplié par dix attirera l’attention, mais le lien créé par l’article 91 entre anciennes factures et nouvelles attributions pourrait s’avérer plus décisif pour les contractants. Le succès de la loi se mesurera lorsque ces clauses deviendront des transactions observables sur le terrain.

Contexte Vision 2030 connexe

Sources

  1. [S1] Ministère saoudien des Finances, « Principales modifications de la loi sur les appels d’offres et marchés publics 1448H », comparaison article par article, août 2026. https://www.mof.gov.sa/Knowledgecenter/newGovTendandProcLow/Pages/Regulation.aspx
  2. [S2] Ministère saoudien des Finances, « Le ministre des Finances exprime sa gratitude aux dirigeants pour l’approbation de la nouvelle loi sur les appels d’offres et marchés publics », 5 août 2026. https://mof.gov.sa/mediacenter/news/Pages/News_05082026.aspx
  3. [S3] Saudi Press Agency, séance du Cabinet approuvant la nouvelle loi sur les appels d’offres et marchés publics, 5 août 2026. https://www.spa.gov.sa/en/N2647695
  4. [S4] Ministère saoudien des Finances, loi sur les appels d’offres et marchés publics et règlement d’exécution, édition compilée datée du 5 juin 2026. https://www.mof.gov.sa/Knowledgecenter/newGovTendandProcLow/Documents/GovT2026.pdf