L’architecture est une profession de commande. Le client fournit le cahier des charges et le budget. L’architecte fournit la vision et, implicitement, la légitimité. Un rendu de Zaha Hadid Architects transforme un chantier en événement culturel. Un projet de Bjarke Ingels Group transforme l’ambition d’un promoteur en couverture de magazine. L’échange est compris : l’architecte apporte une autorité esthétique, le client apporte le chèque. La question de ce qui se passe sous le rendu, qui construit, dans quelles conditions et à quel coût humain, est celle que la profession a longtemps traitée comme extérieure à son périmètre.
NEOM a rendu cette position intenable. Non parce que les atteintes aux droits humains étaient subtiles ou ambiguës, mais parce qu’elles étaient documentées avec une précision qui rendait l’ignorance impossible. En juin 2024, lorsque Dezeen a identifié 23 studios d’architecture travaillant sur NEOM et les a sollicités pour commentaire, les faits suivants relevaient déjà du dossier public : un homme avait été abattu pour avoir refusé de quitter son domicile ; cinq hommes avaient été condamnés à mort pour des publications sur les réseaux sociaux ; un jeune de 19 ans avait été condamné à 20 ans de prison pour avoir pleuré son oncle sur Twitter ; 21 000 travailleurs étaient morts dans le cadre des projets de Vision 2030 ; le système de kafala maintenait des travailleurs dans des conditions que l’OIT examinait comme relevant du travail forcé ; et le propre directeur général de NEOM avait été enregistré déclarant qu’il conduisait ses travailleurs “comme un esclave”.
Sur les 23 studios contactés par Dezeen, aucun n’a accepté de commenter les préoccupations relatives aux droits humains. Le silence était total. Il constituait aussi, dans le cadre éthique de la profession architecturale, une position : assimiler le design à la neutralité et traiter les conditions de construction comme le problème de quelqu’un d’autre.
Ceux qui sont partis
Les départs forment une chronologie qui suit l’escalade des abus documentés.
Norman Foster a été le premier départ, et le plus visible. Foster siégeait au conseil consultatif de NEOM aux côtés d’autres figures mondiales, dont Carlo Ratti du Senseable Cities Lab du MIT, Marc Reibert de Boston Dynamics, Tim Brown d’IDEO, Dan Doctoroff de Sidewalk Labs, Travis Kalanick d’Uber et Jonathan Ive d’Apple. En octobre 2018, quelques jours après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul, le porte-parole de Foster a confirmé qu’il avait écrit au président du conseil consultatif pour suspendre ses activités “tant que la situation restait incertaine”. Son retrait a été rapide et définitif. Apple a ensuite affirmé que l’inclusion d’Ive au conseil consultatif était “une erreur”, formule qui parvenait à reconnaître la toxicité du conseil tout en niant qu’Apple en ait eu connaissance. Le seuil de retrait de Foster a été le meurtre d’un journaliste devenu affaire internationale, non l’expulsion d’une tribu ni les conditions imposées aux travailleurs du bâtiment. La distinction compte : le seuil était une mort que le monde a vue, non une violence structurelle que le monde mettrait des années à documenter.
Coop Himmelb(l)au, le cabinet autrichien fondé par Wolf Prix, a démissionné de NEOM en invoquant des préoccupations liées aux droits humains, l’un des rares cabinets à lier explicitement son départ aux conditions documentées sur le projet. Cette démission était notable précisément par sa rareté. Dans une profession où le départ est le plus souvent formulé en termes neutres, “le périmètre du projet a changé”, “le calendrier n’était plus aligné”, la mention explicite des droits humains par Coop Himmelb(l)au marquait une position atypique.
Morphosis, le cabinet de Los Angeles fondé par Thom Mayne, lauréat du prix Pritzker, a conduit la conception de The Line et de sa première phase de 2,4 kilomètres, connue sous le nom de “Hidden Marina”. Morphosis a quitté le projet en juillet 2024. Aucune déclaration publique n’a été faite sur les droits humains. Le départ a été présenté comme une transition professionnelle : le rôle du cabinet dans la phase de conception était terminé, et Delugan Meissl Associated Architects a pris le relais comme concepteur principal. Le cabinet n’a pas précisé si ce départ était volontaire, s’il avait été provoqué par l’accumulation de documents sur les droits humains, ni s’il avait pris en compte le coût humain de The Line avant, pendant ou après son travail de conception.
Mecanoo, le cabinet néerlandais fondé par Francine Houben, a démissionné de NEOM. Le cabinet n’a pas publié de déclaration détaillée expliquant ses raisons.
HOK, l’un des plus grands cabinets d’architecture au monde, a confirmé à Architects’ Journal qu’il avait été “engagé dans une phase initiale de conception sur The Line mais ne participe plus au projet”. La déclaration reconnaissait l’implication et le retrait sans préciser la raison de l’une ou de l’autre.
Adjaye Associates a été écarté par NEOM en août 2024, non pour des raisons de droits humains, mais à la suite d’allégations d’inconduite sexuelle visant son fondateur David Adjaye, publiées par le Financial Times. Le départ a été décidé par NEOM, non par le cabinet. Il a retiré un architecte du projet pour conduite personnelle, tandis que la conduite du projet lui-même à l’égard des travailleurs restait sans réponse.
Ceux qui sont restés
Les cabinets qui sont restés sur NEOM après juin 2024, après les condamnations à mort, après le documentaire d’ITV, après le rapport de Human Rights Watch et après la plainte de l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois sur le travail forcé, présentent un profil cohérent : prestige international, dépendance financière à de grands mandats, et refus institutionnel de subordonner les intérêts commerciaux aux objections éthiques.
BIG, Bjarke Ingels Group, fondé à Copenhague, a été annoncé comme maître planificateur d’Oxagon à la Biennale d’architecture de Venise en 2023. BIG est l’un des cabinets d’architecture les plus visibles au monde. Son fondateur, Bjarke Ingels, a construit une marque personnelle autour du concept de “durabilité hédoniste”, l’idée que l’architecture doit être à la fois écologiquement responsable et joyeuse. Fin 2025, BIG a été informé qu’un complexe hôtelier “majeur” sur lequel il travaillait en Arabie saoudite avait été annulé, décision qui a affecté environ la moitié des effectifs britanniques de BIG et déclenché des plans de licenciements collectifs, selon Architects’ Journal. Le maintien du cabinet dans NEOM après la documentation de conditions de travail forcé, de condamnations à mort et d’abus systématiques contre des travailleurs représente une application de la durabilité hédoniste qui exclut de la durabilité les personnes chargées de construire les bâtiments hédonistes que ces bâtiments prétendent incarner. L’annulation de son resort, verdict du marché sur la viabilité du projet, a imposé un coût que la documentation sur les droits humains n’avait pas réussi à produire.
Zaha Hadid Architects a poursuivi son travail sur une tour cristalline de 330 mètres, la “Discovery Tower”, à Trojena, le volet montagne de NEOM dont les contrats ont été annulés par la suite en mars 2026. La position de ZHA est compliquée par la mort de sa fondatrice, Zaha Hadid, en 2016, ce qui signifie que la direction actuelle du cabinet, menée par Patrik Schumacher, prend les décisions d’engagement éthique sans la fondatrice dont la réputation porte la marque. Schumacher a été publiquement critiqué pour ses positions sur la politique du logement et les questions sociales. Il n’a pas été publiquement mis en demeure de répondre sur l’implication de ZHA dans NEOM.
OMA, l’Office for Metropolitan Architecture fondé par Rem Koolhaas, a conçu des resorts dans le golfe d’Aqaba, notamment l’hôtel Lejya et le sanctuaire Zardun, sous la direction de l’associé Chris van Duijn. OMA a indiqué à Dezeen qu’il ne travaillait pas sur The Line elle-même, distinction qui éloigne le cabinet du composant le plus controversé tout en le maintenant dans la zone NEOM. La réputation intellectuelle d’OMA, Koolhaas ayant beaucoup écrit sur l’éthique de l’échelle, du spectacle et des dimensions politiques de l’architecture, fait de cette participation prolongée un cas particulièrement aigu de l’écart entre théorie architecturale et pratique architecturale.
Delugan Meissl Associated Architects, cabinet autrichien, a été désigné urbaniste de la phase 1 de The Line le 11 novembre 2024, un jour avant l’annonce du départ de Nadhmi al-Nasr, directeur général de NEOM. DMAA a été annoncé aux côtés de Gensler, plus grand cabinet d’architecture au monde par le chiffre d’affaires, nommé consultant en planification urbaine pour la phase 1, avec son bureau de Londres en chef de file. Gensler a également été nommé architecte de conception des actifs urbains pour des infrastructures critiques, notamment les pôles de transport et l’espace public. Mott MacDonald, le cabinet britannique d’ingénierie, a été nommé ingénieur des infrastructures urbaines de la phase 1 le même jour.
La date du 11 novembre est significative. Elle intervient après le documentaire d’ITV “Kingdom Uncovered” du 27 octobre, après le rapport de Human Rights Watch “Die First” du 4 décembre, publié quelques semaines plus tard mais dont les conclusions avaient été partagées auparavant avec les entreprises, après la confirmation en appel des condamnations à mort en janvier 2023 et après le dépôt de la plainte de BWI pour travail forcé en juin 2024. Les trois entreprises ont accepté des mandats sur le composant le plus controversé de NEOM à un moment où le dossier du projet en matière de droits humains était plus documenté que jamais. Le calendrier n’était pas accidentel. C’était une décision commerciale prise en pleine disponibilité informationnelle.
UNStudio a continué à travailler sur Trojena. Studio Fuksas a maintenu son implication. Gensler, plus grand cabinet d’architecture au monde par le chiffre d’affaires, a été identifié comme travaillant sur NEOM. Tom Wiscombe Architecture, Oyler Wu Collaborative et Cook Haffner Architecture Platform de Peter Cook ont tous été cités par Dezeen parmi les participants à NEOM.
Au total, Dezeen a identifié 23 studios travaillant sur NEOM. Six sont partis ou ont été écartés. Dix-sept sont restés. Aucun des 17 restants n’a commenté publiquement les préoccupations relatives aux droits humains.
La question des honoraires
Les cabinets d’architecture ne divulguent généralement pas les honoraires qu’ils perçoivent pour chaque mandat. Les contrats d’architecture de NEOM sont classés comme accords commerciaux confidentiels. Le débat public sur la complicité architecturale se déroule donc sans la donnée la plus importante : combien les cabinets reçoivent pour rester.
Ce qui est connu, c’est que les dépenses totales de NEOM dépassaient 50 milliards de dollars au début de 2025. Les honoraires d’architecture et de conception sur les grands projets de construction se situent généralement entre 5 et 15 % de la valeur construite. Même dans la partie basse de cette fourchette, les honoraires de conception sur un programme de construction de 50 milliards de dollars dépasseraient 2,5 milliards de dollars. Dans la partie haute, justifiée par le caractère sur mesure des conceptions de NEOM, dont beaucoup exigeaient des solutions d’ingénierie jamais tentées auparavant, les honoraires pourraient approcher 7,5 milliards de dollars. L’index complet de la complicité des entreprises documente ce que chaque catégorie d’entreprise a été payée et les diligences raisonnables qu’elle n’a pas menées.
Les honoraires de chaque cabinet ne sont pas connus. Mais l’échelle des commandes, concevoir une ville linéaire de 170 kilomètres, une station de ski de montagne avec production artificielle de neige, une plateforme industrielle flottante, une tour cristalline de 330 mètres, relève du type de mandat qu’un cabinet d’architecture ne rencontre pas dans la pratique commerciale ordinaire. L’unicité des commandes fait partie de la structure d’incitation : NEOM offrait non seulement des honoraires, mais l’occasion de concevoir à une échelle et avec une ambition qu’aucun autre client sur terre ne pouvait proposer. La possibilité de concevoir une ville linéaire ou une plateforme flottante est professionnellement irrésistible pour des cabinets qui définissent leur identité par l’ambition de leur travail. Le coût éthique est le prix de cette ambition.
Le débat éthique
Dezeen a posé la question frontalement en juin 2024 : “Est-il temps pour les architectes de quitter NEOM ?” La question s’adressait à la profession dans son ensemble. La profession n’a pas répondu dans son ensemble. Les cabinets ont pris des décisions individuelles sur la base de calculs individuels qu’aucun n’a accepté d’expliquer publiquement.
Lina al-Hathloul, responsable du suivi et du plaidoyer chez ALQST, a déclaré dans un entretien publié par Dezeen le même jour : “NEOM est construit sur le sang de Saoudiens et de travailleurs migrants, au bénéfice d’entreprises occidentales et internationales.” Elle a appelé les studios d’architecture soit à faire campagne pour la libération des manifestants emprisonnés, soit à se retirer. Aucune de ces options n’a été retenue par les cabinets qui sont restés sur le projet.
The Nation a publié en décembre 2024 un article soutenant que “tout le monde doit désavouer NEOM”. L’article affirmait que les entreprises encore impliquées dans les projets de Vision 2030 sont “activement complices d’un dispositif qui a déjà entraîné morts de masse et déplacements”. Il ajoutait que leur implication “donne une légitimité à un projet illégitime” et que ces entreprises “sont tachées du sang de certains des membres les plus vulnérables de la société mondiale”. Le langage était dur, mais sa base factuelle, les 21 000 décès du documentaire d’ITV et les 20 000 autochtones déplacés, n’a été contestée par aucun des cabinets nommés.
En août 2024, le président entrant du Royal Institute of British Architects a publiquement défendu le travail sur NEOM, position qui plaçait la direction britannique de la profession en opposition directe avec les organisations de défense des droits humains documentant les conditions sur le terrain. Cette défense ne s’accompagnait d’aucune preuve que le RIBA avait mené sa propre évaluation des conditions de travail à NEOM ou qu’il avait examiné les constats documentés.
Des institutions universitaires ont proposé des boycotts des cabinets impliqués dans NEOM. Certaines écoles d’architecture ont débattu de la place à accorder aux projets NEOM dans les ateliers de conception. Le débat a produit des notes de position et des tribunes. Il n’a pas produit de retraits.
Les codes d’éthique professionnelle qui encadrent l’architecture dans la plupart des juridictions n’imposent pas explicitement aux architectes d’évaluer les conditions de droits humains dans lesquelles leurs projets sont construits. Le Code of Ethics de l’American Institute of Architects traite des obligations envers les clients, le public et la profession. Il ne traite pas des conditions de travail sur les chantiers dans des juridictions étrangères. Le code du Royal Institute of British Architects est tout aussi silencieux sur la question de savoir si l’architecte porte une responsabilité pour les conditions vécues par les travailleurs qui réalisent ses dessins.
Le vide des codes professionnels n’est pas un oubli. Il reflète une limitation volontaire du périmètre, qui sépare la conception de la construction, le dessin du bâtiment, l’architecte du constructeur. Cette limitation pouvait se comprendre dans un monde où les architectes concevaient des bâtiments pour des clients situés dans des juridictions dotées d’une application fonctionnelle du droit du travail. Elle n’a plus de sens dans un monde où les architectes conçoivent des bâtiments pour des clients qui condamnent à mort des personnes opposées au projet et dont la main-d’œuvre travaille dans des conditions que l’OIT examine comme relevant du travail forcé.
La question du précédent
L’argument selon lequel les architectes devraient se retirer de NEOM n’est pas sans précédent, mais ces précédents sont inconfortables pour une profession qui préfère formuler ses décisions en termes esthétiques plutôt que politiques.
Pendant l’apartheid, certains cabinets internationaux se sont retirés d’Afrique du Sud ou ont refusé des mandats dans le pays. Les retraits n’ont pas été universels, et de nombreux cabinets ont continué d’y opérer pendant toute la période des sanctions. Mais le principe selon lequel un architecte pouvait, et devait, tenir compte du contexte politique d’une commande était établi, sinon comme obligation professionnelle, du moins comme possibilité morale.
La construction chinoise de centres de détention au Xinjiang, pour laquelle des entreprises occidentales d’ingénierie et de construction ont fourni matériaux et technologies, a produit un débat parallèle au début des années 2020. Plusieurs entreprises ont rompu leurs liens avec des projets associés à l’infrastructure de détention. Le principe allait au-delà de l’architecture pour toucher l’ingénierie, la fourniture de matériaux et la technologie.
NEOM est différent par son échelle, non par sa nature. La question est la même : un architecte porte-t-il une responsabilité pour les conditions dans lesquelles son projet est construit ? Si la réponse est non, si l’architecture n’est qu’un service de conception moralement neutre, applicable à tout client et dans toutes conditions, alors les cabinets restés sur NEOM sont professionnellement défendables et éthiquement hors champ. Si la réponse est oui, si la conception d’un bâtiment implique une relation quelconque aux conditions de sa construction, alors les cabinets restés sur NEOM après les condamnations à mort, après les 21 000 décès et après la plainte pour travail forcé sont impliqués d’une manière que leurs honoraires documentent et que leur silence confirme.
Les cabinets ont choisi de ne pas répondre à la question. Leur présence continue sur le projet est elle-même une réponse. Et les bâtiments qu’ils conçoivent, les tours, les resorts, la marina, la plateforme industrielle, porteront leurs noms lorsqu’ils seront achevés, s’ils le sont. Les noms des travailleurs qui les auront construits n’apparaîtront nulle part.
La presse architecturale
Le traitement de NEOM par les médias d’architecture a évolué d’une célébration sans distance vers un engagement plus qualifié, mais cette évolution a été plus lente que ne l’exigeaient les éléments disponibles.
Dans les premières années suivant l’annonce de NEOM, les publications d’architecture, Dezeen, ArchDaily, Architects’ Journal, Architectural Record, Domus, ont publié les rendus de NEOM avec l’enthousiasme que la profession réserve aux projets d’une échelle et d’une ambition inédites. La couverture a traité NEOM comme une histoire de design. Les rendus ont été analysés pour leurs qualités formelles, leurs choix de matériaux et leur innovation spatiale. Les personnes qui vivraient dans les bâtiments, celles qui les construiraient et celles qui avaient été déplacées pour dégager le site n’étaient pas parties prenantes de cette histoire de design.
L’enquête de Dezeen de juin 2024 a marqué un tournant. En identifiant les cabinets, en leur demandant de commenter et en publiant le silence qui en a résulté aux côtés des abus documentés, Dezeen a rendu visible la complicité. Les couvertures ultérieures d’Architects’ Journal, d’Architect’s Newspaper et d’Architectural Review ont intégré le reportage sur les droits humains au reportage sur le design, produisant une image plus complète de ce que NEOM représentait.
Mais la presse architecturale opère sous les mêmes contraintes économiques que les cabinets qu’elle couvre. Les publications d’architecture dépendent de la publicité des cabinets et des entreprises de construction. Elles dépendent de l’accès aux projets pour les photographies et les entretiens. Elles dépendent de la bonne volonté de la profession pour les abonnements et l’engagement. Les publications qui ont posé les questions les plus difficiles sur NEOM sont aussi celles qui prennent le plus de risques commerciaux.
Il en résulte des médias d’architecture qui ont documenté les questions éthiques plus complètement que la profession n’y a répondu, tout en continuant à publier des rendus de NEOM à côté d’enquêtes sur NEOM. Le produit journalistique qui en découle est à la fois critique et complice : il montre le bâtiment et le sang, puis laisse au lecteur le soin de déterminer ce qui compte le plus.
La réponse de la profession, mesurée par le comportement plutôt que par les déclarations, est claire. Dix-sept cabinets sur 23 sont restés. Aucun n’a commenté. Les bâtiments sont encore en conception. Les travailleurs sont encore dans les camps. Et les rendus, propres, lumineux, sans présence du travail, continuent de circuler dans une profession qui a décidé, par son silence, que le design relevait de sa responsabilité et que le bilan humain n’en relevait pas.
Cette enquête s’appuie sur l’enquête de Dezeen de juin 2024 consacrée aux cabinets d’architecture travaillant sur NEOM ; sur l’entretien de Dezeen avec Lina al-Hathloul d’ALQST ; sur Architects’ Journal, qui a couvert le départ de Morphosis, l’éviction d’Adjaye et la nomination de Delugan Meissl ; sur World Architects ; sur Artforum et Frieze, qui ont rapporté le retrait de Norman Foster ; sur The Nation ; sur le Code of Ethics de l’American Institute of Architects ; sur le code éthique du Royal Institute of British Architects ; sur Architectural Record ; et sur la couverture plus large de NEOM par la presse architecturale. Vision2030.AI est éditorialement indépendant et n’est affilié ni à NEOM, ni au PIF, ni à une quelconque entité officielle de Vision 2030.
